Switch to Dual Emblem Display

Link to an image of this page  Link to an image of this page  [g4v p56]

A l’envieus la rancune est poison.

TOus autres vice & deportemens depravez ont en
eus-mesmes quelque apparance d’utilité: & semble
produire au vitieus ou proufit, ou plaisir. Le larron vole le
bien d’autruy pour s’enrichir de ses rapines. Celuy qui se
sent espoint d’un ardeur de vengeance, s’il outrage son
ennemy, assouvit son desir cruel & sanglant. Si le volu-
ptueus joüit de ses amours ou d’autres subjects de sa con-
voitise, il estime avoir attaint le comble de felicité. Le
paresseus entretenant sa fetardise en oysiveté, pense me-
ner une vie tranquille , & conforme à la celeste. Le gour-
mand ne changera jamais le contentement qu’il tire des
delices de table, au goust utile & dous de la Philosophie.
Il en prend ainsi en toute espece de vice, ou l’apparance
du bien flatte l’esprit, qui en est corrompu, pour ne luy
laisser remarquer le poison qui le perd: Mais le peché d’
Envie est gehenne & supplice perpetuel à soymesme: El-
le se brusle & consomme en son propre venin: Elle ron-
ge son coeur à belle [=belles] dents, & ne trouve consolation ny
relasche en ses douleurs, fors un ombre passager & cou-
lant d’un plaisir imaginaire qu’elle reçoit de l’infortune
calamité d’autruy: mais ce gaing est petit à l’esgard de
son desespoir. Combien que Denis & Phalaris, deus Ty-
rans de Sicile,[1] prissent plaisir aux nouvelles inventions de
cruauté pour le supplice, si ne leur fut-il jamais excogité
de tant horribles tormens qu’ils approchassent du bour-
rellement violént dont envie afflige l’ame miserable de
celuy qui l’y reçoit. Envie est en l’ame une triste passion,
qui s’engendre des felicitez d’autruy.

Link to an image of this page  Link to an image of this page  [h1r p57]

XX.

LIVOR TABIFICUM MALIS VENENUM.

Il n’est vice qui n’ait, au moins en apparence,
Quelque attrait allechant de prouffit ou plaisir,
Et l’homme se flattant en son sale desir,
Pour quelque volupté au peché se licence:
Mais celuy qui du bien de son prochain s’offence
N’en reçoit que chagrin, que martel, & langueur,
Envieus & jalous il consomme son coeur,
Et d’un plombeus regret souffre la violence.

Notes:

1.  The Sicilian tyrants alluded to here are Dionysius I of Syracuse, and Phalaris of Agrigentum, both famous for their cruelty.



Iconclass Keywords

Relating to the image:

Relating to the text:


Hint: You can turn translations and name underlining on or off using the preferences page.

 

Back to top