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Qui donne tost il donne doublement.

CEluy donne trop tard qui attend qu’on luy deman-
de, & le bien-fait couste cher qui s’obtient par pri-
eres & importunité: Mais qui donne tost donne deux fois,
d’autant que la faveur qui se fait promptement est sur
toutes aggreables, si elle est tardifve elle perd son meri-
te. Or quand tu la conferes aus bons elle ne perit point,
encores qu’ils ne la puissent recognoistre, ains te tient
lieu d’un grand thresor. D’ailleurs aussi, rien n’approche
en turpitude, ny n’est plus sordide que d’ouvrir tousjours
les mains pour recevoir, & jamais ne les estendre pour
donner, ou pour rendre. Toutesfois le bien-fait doit e-
stre gratuit, & faut cependant avoir ceste sentence engra-
vée en memoire, sçavoir, que l’on doit soudain oublier
ce que l’on donne, & perpetuellement se souvenir du
plaisir receu. Quand donques nous voudrons exercer cha-
rité, ne faisons au prealable un chois à plaisir de ceus de
qui nous pourrions nous prevaloir: mais employons-la
indifferemment sur ceus qui ont besoin de nostre ayde.
Il s’en trouve qui soüillent le plaisir qu’ils ont fait, ou par
facheuses reproches, ou par une trop importune mention
qu’ils en font: Ingrat est celuy qui nie le plaisir qu’il a re-
ceu: ingrat qui le dissimule: ingrat qui ne le rend quand il
peut: tres-ingrat qui l’oublie: mais digne de hayne qui le
reproche: & le dernier est comparable à la chievre, qui
rend à son maistre abondance de laict, & laquelle neant-
moins, venant à frapper du pied l’espanche, ou le flestrit
de tant d’ordures qu’elle le rend inutile.

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XXXIIII.

ΧΑΡΙC ΑΧΑΡΙC.

Veus tu que ton present ait sa parfaitte grace,
Et qu’il n’y manque rien pour le rendre plus cher,
Donne-le quand & quand, ne te laisse prescher,
La longueur en cela tout le merite efface.
Celuy donne deus fois qui, taquin, ne ravasse,
Ains, sans temporiser, tout promptement fait bien:
Mais il n’a nulle grace, & ne s’oblige rien,
De qui le don pesant marche à pas de limace.[1]

Notes:

1.  In Greek mythology, the Graces, or Charities (Euphrosyne, Aglaia and Thalia) were referred to as a singular entity, Charis. So there was a closer affinity between Grace and the Graces. See also Coustau, ‘Sur Vulcan’ ([FCPa056]).



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