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Jamais ne vit le Tyran sans terreur.

TOus Tyrans sont ennemis de la liberté d’autruy, ad-
versaires de bonnes loix: ils ont l’aureille qui surpasse
toutes choses en violence, & rien n’est si disposé à rece-
voir le subjet de faire outrage. Quiconque sert au Tyran
flotte en assiduelle crainte, son amitié est legere, incon-
stante & muable, son coeur tousjours prompt à vangean-
ce, soit pour quelque cause cognue, soit pour un foible
soubçon: Et tout ainsi qu’il est pervers & meschant, aussi
ne veut-il autre suitte, ny d’autres officiers, que de mau-
vais garnemens, gens perdus, & qui luy sont semblables,
lesquels il n’espargne, pour petites que soient les occasi-
ons qui se presentent, & comme il est en terreur à tous,
tous aussi lui sont suspets: Il nage tousjours entre la crainte
& l’espoir: Il redoute tout: il s’esmeut de tout, & ne laisse
rien en arriere qu’il ne remue, pour eslongner ce qui luy
est à contrecoeur. C’est vrayement une belle partie de
porter le tiltre de Prince: mais il doit estre majesteus, &
toutesfois aggreable, non seulement aus yeus de ses bons
subjets, ains encor à leurs esprits: Car ses fautes ne sont
tant à reprendre, pour sa consideration, que pour ce que
elles sont en exemple à chacun, & l’on a de coustume d’i-
miter ses moeurs & façons de vivre: & les vices, dont il
fait amas en sa personne, s’espanchent en moins de rien
parmy le peuple. Heureuse la province que Dieu a soub-
mise au gouvernement d’un Prince débonnaire & ver-
tueus, qui prefere à son repos celui de ses subjets, lesquels
il maintient en pieté, les conserve avec equité, & de qui
la bonne vie sert de patron pour bien, honnestement, &
religieusement vivre.[1]

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XLV.

METUS EST PLENA TYRANNIS.

Le Prince qui voulut au flateur faire entendre
Combien celuy qui regne est subjet à meschef,
L’honora de sa table, & à plomb sur son chef,
Par un foible filet, fit son glaive suspendre.
Ainsi dans le soubçon la tyrannie engendre
Au Prince remparé une funeste fin,
Ou, sans garde du corps, le monarque benin
En longue suitte d’ans son regne peut estendre.

Notes:

1.  In this context (and in the last two lines of the verse), Boissard is probably referring to King Henri IV of France, who in 1593 was coming closer to his goal of laying down arms and ruling a kingdom at peace, and submitting to the rule of a righteous God (though Henri was soon to convert to Catholicism in order to do so, certainly not to the approval of the Protestant Boissard).



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