Switch to Dual Emblem Display

Link to an image of this page  Link to an image of this page  [A6v p12]

Autre de Justice estant au Zodiaque.

De Nigidius Figulus.[1]

Cessez cessez vostre pleur & priere,
Gens qui voules par tel gemissement
Tirer Justice en vertus tresoriere,
En ces bas lieux hors du clair firmament.
De long tems a éleu son logement
Au Zodiaque, aupres de la balance:
Mais le motif de son departement
Fut du Senat la hayne & malveillance.

Link to an image of this page  Link to an image of this page  [A7r p13]

Narration Philosophique.

NIgidius Figulus homme jadis tant
pour sa grand doctrine, que pour le
maniement des affaires de la republi
que
fort estimé, disoit que Justice étoit se-
ante au Zodiaque entre la balance & le signe
du Lion. Laquelle chose encores que peut
étre, il n’eut apprise, ni de ses maistres,
ni de l’école des Astrologues, si croy je
qu’elle luy vint en pensée parcé que ceux
qui tiennent & distribuent la Justice
sont communement plus injustes que nul
autre. Mais si cela avoit cours de son
tems, ce n’ét merveille, auquel la lumiere
de l’evangile ne s’estoit encores montrée.
Mais de nostre tems auquel les destinées
n’ont envie ce grand & incroyable bien,
C’est chose calamiteuse que par l’avarice
de ceux que Moyse en son Pentateuque ap
pelle Dieus, le patrimoine de Justice soit
ainsi pillé. Or si noz peres ont deffiny ju-
stice étre celle qui rend le sien à un cha-
cun, c’est à dire au Juge, certes bien à pro-
pos on les nommera braves defenseurs de
justice. Car qu’apportent ilz tant aux pro-
ces & debas des hommes que seulement
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [A7v p14]émeus de leur profit particulier se gouver-
nent de sorte en leurs étas, que tu penseras
qu’ilz menent plus tot leur besongne que
l’affaire d’autruy. Et si nous voulons re-
garder l’histoire des notres, & les memoi-
res que noz peres nous ont laissées, qui
pourras tu trouver en tant de siecles, qui
sans loyer ayt preté sa peine en un parle-
ment? qui jamais jugea de gaieté de cueur.
Lequel los encores qu’il ne soit, peut étre
necessaire à un Chretien, si estce chose à
deplorer, qu’entre les Chrétiens desquelz
le propre est d’user de bienfais & charités,
il ne s’est trouvé homme qui ayt eté orné
de ceste vertu. Et s’il y avoit un homme
qui de si pres print garde au meurs d’un
chacun qu’il requist céte belle vertu & au-
tres qui approchent de la perfection aux vul
gaires, à bon droit on diroit qu’il seroit trop
severe. Mais ceux qui ont la superintenden
ce sur les autres, & ayans les ornemens des
sciences seuls parlent de la vertu, seuls de la
maniere de bien vivre, me semblent gran-
dement reprehensibles si en l’administra-
tion publique ilz n’oublient, comme veult
Platon, le profit de leur famille. Et s’ilz
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [A8r p15]me permettent de conferer noz façons aveques
celles des étrangers, nous voyons noz voisins, qui
par la loy de societé ancienne sont alliés aveques
nous, juger & decider les proces sans formules &
solennités & mémes sans loyer. Car pourroit il étre
chose plus honorable pour la reverence de la Justice,
plus à propos pour le soulagement des parties, que
de donner liberalement ce point duquel les écritures
tant saintes que profanes ont éloigné tout loier, &
corruption. Mais noz gens encores estiment ilz que
le plaideur leur doit de retour s’ilz luy font justice
bien cherement & en payant. Car outre ce qu’ilz
demandent grand deniers pour les épices, encores pen
nsent ilz qu’on leur doit beaucoup s’ilz ont expedié
le proces comme leur foy & le due de leur office le re
queroit. Or quelle reverence aura à la justice celuy
qui en jugeant suit le denier pour guidon, chose qui a
toujours eu debat aveque le droit? Et ne croy qu’u
ne coutume de si lon tems inveterée, vaille tant envers
les bons, qu’elle puisse rendre une si grand faute tolera
ble. Car si une coutume excuse quelque fois le peché, il
ne le faut certes permetre en cete cause, qui doit étre
entierement pure & reculée d’avarice. Aussi ne se faut
ebahir si la déesse Astrée laissant les hommes s’est re-
tirée au ciel, étant ainsi mal traitée pour la reputation
que nous donnons à l’argent & aux richesses.

Notes:

1.  P. Nigidius Figulus, Roman polymath, 1st century BC.



Iconclass Keywords

Relating to the image:

Relating to the text:


Hint: You can turn translations and name underlining on or off using the preferences page.

 

Back to top