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Le Senat d’Heliogabale.[1]

Contre ceux qui vivent souz
l’Empire de leurs femmes.

Toy qui es juge, & as puissance expresse
De retenir tes subjes en devoir,
Garder le bon, punir cil qui oppresse,
Comment peux tu obeissance avoir
En ton état quand tu n’as le pouvoir
D’estre chez toy de ta femme le maistre?
Commence alors sur les autres pourvoir,
Pouvant chez toy commander & conoitre.

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Narration Philosophique.

LEs Amazones femmes nourries en
un des bous du Levant ont éte ja-
dis grandement celebrées, tant pour
leur hardiesse, que pour la gloire de leur
Empire. Car est en public, & en privé el
les ont si bien gouverné, qu’elles mirent
sous leur obeissance leurs voisins, & con-
trains de vivre sous loix muliebres. En
quoy ayans aquis paix & tranquillité par
prouësses & fais d’armes, sont venues en
telle grandeur de courage, qu’elles n’eu-
rent peur de victoires & triumphes d’A-
lexandre le grand
. Or telle façon & ima-
ge de chose publique étant condamnée tant
par la longueur des tems, que le consente-
ment des nations, s’est trouvé un Empe
reur Heliogabale qui pour la memoire du
plaisir qu’il avoit receu de Simiamire sa
mere,[2] par la largesse de laquelle il étoit
parvenue à l’Empire, l’a feit entrer au Se-
nat
, luy permetant qu’elle s’assit aux sie-
ges des consulz & qu’elle mit son cachet
aux arrés & ordonnances du Senat Et com-
me dit Lampride, il feit au mont Quirin
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [B1v p18] un parlement de femmes, ou au paravant
se faisoient les assemblées des matrones,
ou il feit certains decrés ridicules touchant
le reglement des femmes, de quel veste-
ment elles s’abilleroient, à quelles person
nes pourroient presenter le baiser, quelles
pourroient aller en coche, quelles en hac-
quenée, quelles en litiere. Mais apres la
mort de ce tant effeminé Empereur. Il fut
fait un contrearrét defendant tres ex-
pressement aux femmes l’entrée du Se-
nat, & plus, que celuy qui rameneroit
cy apres tel exemple en la republique se-
roit sacré aux dieux infernaus. Decret cer
tes salutaire pour les gouvernemens des
republiques & longuement observé par
la posterité, sinon qu’en plusieurs lieux se
trouvent encores quelques restes de ce re-
gne effeminé. Car comme dit Aristote,
alors les femmes semblent commander en
une republique quand ceux qui tiennent
le commandement & les magistrats vi-
vent sous l’obeissance de leurs femmes.
Or ne fut pas assés aux Romains de de-
fendre aux femmes le maniement des af-
faires publiques, mais comme dit Ciceron
ilz voulurent qu’elles fussent en perpe-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [B2r p19]tuelle tutele, pour leur oter non seulement
les offices publiques, mais le commande-
ment de leur maison. Car il n’est raisonna-
ble que celle qui par la loy de Dieu doit
obeir à l’homme, aye commandement sur
luy. En quoy je suis marry que les étran-
gers se mocquent de nous, nous appellans
Gynaicocratoumenes, c’est à dire gouver
nés par les femmes.[3] Car cela non seulement
blesse la majesté de nostre Empire, mais
il semble ramener en la republique une
domination feminine. Et que fera de beau
en son office de juge celuy, qui ne peut co
mmander chés luy? Arrogance certes digne
de mocquerie de se vanter savoir gouver-
ner une grand nef, quand tu ne peus guider
une petite fuste. Et comment celuy qui ne
peut donner loy à sa famille, pourra il ju-
ger des grandes affaires en un parlement.
Et comment avec sa robe rouge pourra il
garder la majesté d’un siege, quant il plie
sous le commandement de sa femme. Si tu
as quelque affaire avec eux, certes ilz te fe
ront la raison: car ilz sont bonnes gens.
Mais si une nuit interposée ilz en parlent
à leurs femmes tu trouveras le lendemain
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [B2v p20]tout gaté. Et à fin que telle façon ne feut
cachée à personne ilz l’ont fait quasi enre
gistrer & confermer par leurs loix muni-
cipales. Car comme les autres nations mé
tent tout leur espoir & attente & mémes
la conservation & perpetuité des lignées,
en leurs enfans masles, ceux cy au rebours
l’asseent en leurs filles. Envers lesquelz
est trouvé beau, ou de desheriter le filz, ou
luy laisser bien peu, pour faire avantage
aux filles en ce qu’ilz pourront. Estimans
comme je croy que par la ilz plairront à
leurs femmes, au vouloir desquelles ilz ra-
portent toutes leurs cogitations. Et font
gloire de donner si grand dot à leurs filles
qu’il ne leur restera quasi riens pour entre
tenir & advanser les masles: lesquelz si
enflammés d’ardeur & desir de sçavoir &
entendre les choses grandes, demandent
quelque appuy, à peine le pourront ilz
impetrer. Chose bien faite pour ceux qui
prennent plus de plaisir aux braves, &
habits de leurs filles, qu’au savoir & eru-
dition des masles.

Notes:

1.  Elagabalus: Roman Emperor, 218-222, also known in older histories as Heliogabalus (born Varius Avitus Bassus; his name is a latinisation of El-Gabal, a manifestation of the Semitic god El (the supreme god). Noted for his debauchery and corruption, and also for being politically under the thumb of his mother and grandmother, whom in defiance of custom he allowed into the Senate (they were the only two women ever allowed to sit in the Senate). Elagabalus was also supposed to have created the Senaculum or women’s senate, though in point of fact this was an ancient and respectable Roman institution, largely concerned with matters of etiquette. The suggestion that he filled the senate (or the Senaculum) with harlots is not supported by historical evidence, or even the shaky testimony of the racy account of his reign by Lampridius in the Historia Augusta. He was however accused of filling the Senate with male lowlifes of all sorts, and the two accusations have seemed to become intertwined. He and his mother were both murdered.

2.  Julia Soaemias Bassiana (or Simiamira), mother of Elagabalus, daughter of Julia Maesa, a powerful Roman woman of Syrian origin, niece of emperor Septimius Severus and cousin of Caracalla. She and her mother put Elagabalus on the throne. She was the first woman to sit in the Senate, and convened a sort of women’s parliament on the Quirinal. Assassinated in 222.

3.  When Coustau was writing in the 1550s, critics thought that King Henri II was far too much under the thumb of his intelligent and strong-minded mistress, Diane de Poitiers. Little did they know that thirty years of rule by Catherine de Medici lay ahead...



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