Switch to Dual Emblem Display

Link to an image of this page  Link to an image of this page  [B3r p21]

Au Ciprés.

Contre ceux qui pour leur profit
viennent à la republique.

Le Ciprés croit aussi droit qu’une ligne,
Et s’entretient tousjours en sa verdure:
Et ne craint point ny le ver ny la tigne,
Parce qu’il est amer de sa nature.
O l’eur d’un Roy, o des siens l’aventure,
Si a ces vers & ces tignes de court,
Et ceux qui n’ont que de s’agrandir cure,
Monstroit aigreur. Car par eux tout mal court.

Link to an image of this page  Link to an image of this page  [B3v p22]

Narration Philosophique.

ENtre les choses que Dioscoride racon-
te du Ciprés, ne s’en dit point de plus
memorable, que le Ciprés non seule-
ment par son amertume se defent des ti-
gnes, mais si étant pulverisé se melle avec
autres besognes il les conserve contre l’in-
jure desdites bétes. Laquelle chose se peut
aussi accommoder au [=aux] grands sous la main
desquelz les empires sont gouvernés Car
tout ainsi que telle amertume sert beau-
coup au Ciprés pour son étre & accroisse-
ment: aussi la severité n’aporte pas moins
de gloire & grandeur aux princes & grans
seigneurs. Car laissant à part maintes re-
publiques qui sont peries pour écouter
trop les flateurs, n’estce pas chose fort sau-
vage es gouvernemens des Royaumes,
qu’aucuns venans pour leurs profis parti
culiers au maniement des grandes affaires
seulz ayent la grace de leur maistre, & seulz
aussi convertissent les deniers publics à
leur utilité privée. Car en negotiant en
la republique que sont ilz autre chose: en
quelle part tiennent ilz leurs espris bendés
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [B4r p23]ou sont leurs yeux tendus? Estce à fin que
par triumphes & victoires, desquelles
les anciens capitaines de Romme ne rap-
portoient autre chose en leurs maisons
que l’honneur, ilz apportent le repos en
leurs pays? Estce pour appliquer au pro-
fit & soulagement de la patrie les offices
lesquelz ilz reçoivent par forme de don
des princes pour puis aprés les revendre
au plus offrant? Estce pour remedier à
l’eternité des procés & calamités qui cou
rent aujourd’huy? En quoy si la fortune
nous eut fait tant de bien qu’elle eut ren-
du les princes contraires à telles entrepri
ses, y a il chose tant haute & brave qui ne
fut communiquée à noz Roys? Mais ce-
la appartient à un esprit Royal de faire
bien à ceux, desquelz ne receus onc plai-
sir ne bien fait. Sur quoy plus sont repre-
hensibles ceux qui de si grande bonté &
liberalité abusent à leurs profis & emo-
lumens. Les Romains jadis tant prisés &
en paix & en guerre, recevoient les accusa-
tions de ceux, qui encores qu’ilz eussent
bien besoigné en leur province avoient
converti quelque chose à leur particulier.
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [B4v p24]Car ilz n’estimerent onc que la vertu &
proesse d’avoir gardé & augmenté la pa-
trie, fut si peu contente de soy, qu’elle eut
affaire des choses externes. Laquelle si
nous voulons regarder de prés, devroit
par sa beauté emouvoir tous les espris à
soy. Ilz avoient aussi un [=une] autre loy, qui
étoit, que les gouverneurs des provinces
ou juges ne contractassent les sujés, ni
qu’ilz achetassent d’eux aucune chose.
Car la chose na mal, quand ceux qui sont
admis par la benignité des princes aux
affaires, se retournent du bien public
pour leur profit particulier, & ne regar-
dent à autre chose qu’a faire leurs besoi-
gnes, Mais quoy? Il fault obeir à l’avari-
ce, laquelle par je ne sçay quel malheur
commande non seulement en paix mais
en guerre.



Iconclass Keywords

Relating to the image:

Relating to the text:


Hint: You can turn translations and name underlining on or off using the preferences page.

 

Back to top