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A la statue de Diane.

Contre les meurs sordides des notres.

De Diana l’image paroissoit
Quand on entroit, remplie de tristesse:
Mais à celuy qui de son temple yssoit,
Sembloit monstrer apparente lyesse.
Maint fait bien peu de recueil & caresse,
Et plaint tousjours la mauvaise saison
A ceux qui sont entrés en sa maison.
Mais lors leur fait semonce instante & forte
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [C7r p45]Sous un beau vis couvrant sa trahison,
Quand ilz sont ja dehors ou à la porte.

NARRATION PHILOSOPHIQUE.

LEs pelerins qui jadis alloient en
Lesbos voir la statue de Diane, y
noterent une chose digne de me-
moire. Car on y observa qu’elle se mon-
troit triste à ceux qui entroient dedans
le temple, & au rebours joyeuse & gaye a
ceux qui s’en alloient. Or si cela est avenu
par l’industrie du tailleur ou par cas for-
tuit ce n’est a nostre propos. Mais pour
céte heure me semble que telle statue
nous rend & depaint les meurs de noz
gens. Car si pour entretenir quelque tien-
ne amitié, tu te transporte en la maison
d’un tien amy pour le voir, il te fera à
l’entrée si peu de chere, que merveilles.
Mais quand tu luy auras dit à Dieu, &
que tu seras à la porte, lors comme delais-
sant ce naturel sauvage, & s’apprivoi-
sant un peu, te priera de disner chez luy.
Et toutefois ne te fera jamais céte cour-
toisie de parolles si non qu’il voie que tu
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [C7v p46]serois honteus de le prendre au mot, ayant
ja pris congé de luy. Car il [=ils] ne sont moins
cruciés du desir d’augmenter leur maison,
que de crainte de perdre: en quoy s’ilz
ont receu quelque playe, tu les verras in-
constamment sans contenance courir
ça & la. Qui est donc celuy qui les vou-
dra recognoistre pour amys: ayants plus
devant les yeux la perte d’une petite
chose que les liens d’amitié. Qui les ay-
mera comme parens, étans en opinion
qu’au petit dommage en leur bien, ne se
peut recompenser par aucun droit d’a-
mytié? Laquelle toutefois noz peres ont
tant prisée, qu’ilz étoient pres de repan-
dre pour les amys non seulement l’argent
mais aussi la vie. Les anciens métoient
au ciel l’hospitalité, parce que par céte
seule vertu les drois de la societé humai-
ne sont entretenus. Et mémes les Ro-
mains
l’ont si saintement gardée en leur
ville, qu’ilz n’espargnoient ny la dépence
ny leur peine à batir belles maisons, pour
recevoir non seulement leurs citoyens
mais les étrangers. Louange certes qui
favorisa à un Octavius homme non no-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [C8r p47]ble pour parvenir au consulat. Car que
saurois tu faire plus agreable à ton pais,
que de donner a tous liberalement, ce que
nature voulut estre commun entre les hom-
mes? Fut il jamais plus grand argument
de perfection, que d’estimer tous les hom
mes tant conjoins avecques nous, qu’é-
galement nous les favorisions en ce
qui nous sera possible. Laquelle chose
qui representera, semblera imiter non les
assemblées humaines, mais céte belle u-
nion d’espris, qui habitent au ciel. Or
est il que ceux qui ont ramassé les gens
barbares & de divers lieux unis en une
cité & méme façon de vivre, ont receu
pour recompense de ce bienfait tel temoi
gnage de la posterité qu’on les avoit au
nombre des dieux. De la gloire desquelz
ne me semblent étre fort loin ceux, qui ne
se proposent autre chose en céte vie, que
d’user de bienfait & liberalité. Et qui par
une incroiable bonté tachent à attirer à
leur maison tout le monde. Telz furent A-
braham
& Lot, qui se tenoient sur le chemin
passant pour attendre les survenans & les
prier de prendre leur maison. Mais en cela il
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [C8v p48]faut user de telle mediocrité, qu’on don-
ne premierement à celuy qui plus a de
besoin. Car la chose va mal quand au
point de bien faire à autruy, on suit plus
tot la fortune que les meurs & la raison.
Car si nous faisons plaisir au [=aux] riches, &
delaissons celuy qui en a affaire, n’estce
pas plus tot servir à nous qu’a celuy au-
quel nous faisons ce bien? Lesquelles cho-
ses encores quelles soient parties de l’éco
le des Philosophes, si peut on dire qu’el-
les sont propres à la doctrine Crétienne.
Faire des amys, est chose brave, neant-
moins comme à nous avec les Payens.
Mais qui voudra gratieusement préter
à celuy qui n’a riens, & qui en a affaire,
& plus tot fera plaisir à ceux qui ne luy
pourront rendre qu’aux riches, nous
louerons ce Crétien, & l’estimerons di-
gne de ce nom. Toutefois puis que non
seulement par l’erreur du tems, mais aus-
si par l’entreprise de ceux qui se pensent
sages, nous sommes venus jusque la, que
l’hospitalité est reputée pour crime, je
m’en tais. Car celuy qui ayme trop
mieux faire plaisir aux paouvres & aux
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [D1r p49]amis, que d’aquerir & [=est] aujourdhuy defe-
ré & accusé par la loy Sumptuaire faite
jadis à Romme par Fannius,[1] & comme
prodigue & mal usant de son bien au
prejudice de ses enfans, ausquelz encores
que les peres doivent thesauriser, si ne
faut il laisser les preceptes de la loy, pour
assouir le desir d’un enfant. Et nous ne
sommes de rien plus braves que les Apo-
tres
, & autres telz princes de céte gent,
d’armerie: lesquelz si pour se renger à la
suite de Jesucrit, ilz ont abandonné tout
pourquoy nous autres avec quelque
peu de perte de nos biens ne nous effor-
cerons nous de garder le fort de
la foy de notre maitre.

Notes:

1.  Caius Fannius Strabo: Roman consul. His Lex Fannia (161 BC) limited the expenses one could make on entertainments (sumptuary laws).



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