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A l’idole du dieu Memnon.[1]

Sur les Avocas.

Du dieu Nemnon [=Memnon] l’idole ne rendoit
Jamais oracle à personne du monde,
Si le soleil ses rayons n’etendoit
Droit en sa bouche, & lors plein de faconde
Parloit: Aussi l’Avocat qui se fonde
Au gain, de luy n’esperes onc conseil
Ny que jamais en droit il vous responde,
Sinon qu’il voye en premier le soleil.

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NARRATION PHILOSOPHIQUE.

LE Dieu Memnon celebré par tou-
te l’Ethiopie pour ses oracles, a-
voit une statue, laquelle ne donnoit
jamais de responce sinon qu’elle fut fra-
pée des rayons du soleil, & si tot qu’elle
recevoit céte lueur, ne failloit à satisfaire
à ceux qui la requeroient. En quoy me
semble qu’a propos on peut designer les
Avocas, & autres, qui font fait de louer
leur conseil en un palais. Desquelz si tu
demandes l’avis pour un proces, tu
tireras plus tot de l’eau d’une pierre pon
ce, qu’un mot de conseil d’eux. Mais si
comme dit Perse,[2] s’ilz voyent la lumie-
re de ce denier trompeur & que le soleil
des écus leur frappe la veüe, tu diras que
les corbeaux poëtes & pies poëtrides,
chantent un chant emmielé des muses. La
quelle façon d’avarice encores quelle [=qu’elle] ne
leur soit tant reprehensible qu’aux Juges,
si n’est il pas convenable à celuy qui ma
nie les loix de donner tant de credit à la pe
cune que sans elle il ne face riens ni en public,
ny en privé. Car les Romains par la loy Cincie[3] defendirent de ne prendre argent
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [D4v p56]pour postuler, estimans qu’en telle ordon
nance, l’honneur non seulement des avo-
cas, mais aussi de tout l’ordre de la justi-
ce étoit compris. Depuis toutefois ayant
la posterité accablée des opinions du vul-
gaire, perdu sa majesté, on permit à la co-
voitise des legistes de souiller l’état de po
stuler par argent. Par tel si, toutefois que
pour chaque cause ne prissent plus que
cent écus. A quoy combien que les loix
puissent apporter excuse, il est neant-
moins à craindre, qu’ilz se permettent
plus par icelles, que la raison Evangeli-
que ne puisse porter. Car si par la loy de
Jesucrit nous sommes tenus d’ayder du
notre à ceux qui ont faute, de combien
plus devrons nous élargir de notre con-
seil? lequel encores qu’il tourne à bien à
un autre, si ne nous en est il de rien moins.
Car comme dit Emnius, celuy qui de sa
lumiere allume la chandele d’un autre,
fait qu’autant belle sera sa clarté l’ayant
neantmoins communiquée à un autre.
Auquelz encores que je ne veuille point
de mal, si me semble chose odieuse, que
les pouvres pour n’avoir argent, soient
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [D5r p57]privés de notre conseil. Les anciens ap-
pelloient la maison d’un Jurisconsulte
un Oracle de la cité: à laquelle si non les
Roys & princes, à tout le moins les cito-
iens venoient au conseil. Mais aujour-
d’huy à bon droit nous appellerons les
maisons des avocas, marchés ou foires.
Et encores avecques les marchans sou-
vent on besongne a credit, mais avec la
plus part de ses praticiens tu ne feras rien
si tu n’as l’argent content. Demosthene le
premier orateur des Grecs, non seulement
prenoit argent pour parler, mais aussi
vendoit son silence bien cherement. Car
telle force d’eloquence étoit en ce person
nage, que pas son oraison menoit les hom-
mes ça & la. Mais on luy peut pardon-
ner, parce que jamais ne parloit pour au-
truy, que premierement il n’eut par lon-
gues veilles medité ce qu’il entendoit
dire. Et du mémes tems Isocrates, com-
bien que par une naturelle crainte se fut
retiré de parler aux assemblées vendit
neantmoins une oraison vint talens. Et
un peu devant, Lisias pour ne pouvoir,
comme je croy, porter les meurs de ce
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [D5v p58]badaut populaire, demoura ches soy
composant oraisons, lesquelles ilz [=il] ven-
doit à ceux qui en avoient affaire. Cho-
se certes aysée à pardonner à ceux qui ne
sont aysés. Car de prime face je ne vou-
drois blamer celuy qui sous espoir de
gaigner, se renge au barreau: mais s’il
s’en trouve entr’eux aucun tant incité
de la vertu qui veulle préter sa parolle
au [=aux] pauvres, celuy au jugement des bons
sera nommé vray Cretien. Et comme
cela appartient à un excellent courage.
quand ayant de quoy, tu ne demande
loyer de la peine: aussi on ne doit étre
marry à celuy qui est pauvre, s’il cherche
le lucre, pourveu qu’il ne s’éloigne de la
vertu. Mais il en est de si peu vere-
cuns, qu’en prenant ilz n’ont égard ni
a l’honneur, ni au renc qu’ilz tiennent,
mais seulement à leur naturel, qui ne se
peut assouvir de l’avoir d’autruy.

Notes:

1.  Memnon: an Ethiopian king who became a god. He brought troops to aid Troy, where he was killed, but was made immortal by Zeus, moved by tears from his mother, Eos (thus dew at dawn).

2.  Aulus Persius Flaccus, Roman poet and satirist, 1st century AD.

3.  The Lex Cincia: Laws prohibiting lawyers from taking fees, passed by the Tribune M. Cincius Alimentius (3rd century BC).



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