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Au pourtrait du Sybarithe en rue.[1]

Contre un tas de braves

Voyez un peu ce Sybarithe en place,
Emblant saluts & voix du populaire
Et presumant qu’il part de bonne grace
D’estre enfumé. O la ruse vulgaire:
Chacun la sait, telle facon de faire
N’a plus de cours. Allez donc en arriere,
Ou me donnez le loysir de m’abstraire
Et me cacher au fond d’une carriere.

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Narration Philosophique.

ENtre tous les incitemens de maux
& voluptés, qui étoient ancienne
ment en cours vers les Sybarithes,
il ne s’en treuve aucun qui ayt plus éte
au desplaisir & moquerie des autres na-
tions, qu’une façon effeminée, de laquel
le ilz usoient eux étans en public. Car en
leur marcher étoit telle arrogance, en
leurs pas telle douceur & flaterie, un re-
gard tant brave, bref tel soing & curio-
sité en leurs habits, que vous les eussiés
plus tot eus en opinion de toutes autres
choses, que d’hommes. Mais qui est l’hom
me si peu sage, qui pense telles inepties
avoir quelque authorité, mémes envers
l’indocte populaire? ou qui soit tant igno-
rant de toute humanité, qui avec mode-
stie & equité d’esprit puissent porter
telles mommeries? Et ne croy je point
l’homme avoir été tant defavorisé
de nature, qu’il doive mettre le plus
beau de la vertu en umbres & choses
fardées. En quoy peuvent aisement juger
ceux qui avec habits de soye & perfuns
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [E5r p73]se trouvent en public, de combien ilz
sont abusés, en l’opinion qu’ilz ont de
nous. Car il [=ils] constituent ceux la vers les-
quelz ilz se pensent étre en pris & admi
ration, temoins de leurs insipience. Et
s’ilz se dient faire comme Hortensius,
qui feit ajourner un qui avoit troublé
& rompu les plis de sa robe,[2] si ne me
prouveront ilz avec leur orateur Hor-
tensius telle enfance. Car qui est la cho-
se tant molle & lubrique, ou tant repu-
gnante à l’homme, que demander argu-
ment d’honneur de cela, qui comme il
est fondé seulement en l’opinion des hom-
me, aussi ne peut durer long tems? Or
combien que aux grans & excellans e-
spris, git souvent certaine cupidité de
gloire, laquelle est tant conjointe à ver-
tu, que le consentement les deux est eter-
nel. Si est il que jamais aucun de ces Em-
pereurs qui ont enrichy leurs païs par
depouilles & triomphes, n’estima que
par chose tant sote fut la porte ouverte
a gaigner gloire & honneur. Certes à
ceux qui se deliberent de vaillamment
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [E5v p74]combatre pour la patrie ou la foy, & qui
metent toutes leurs cogitations & loisir
en ce qui touche le bien public, volun-
tiers on pardonne, si en recompense de leurs
bienfais ilz appetent l’honneur. Mais
les autres qui ne bataillent que pour leur
gite & foyer, & n’estiment chose plus
excellente qu’oysiveté, de tant qu’ilz
sont reculés de louange & vertu, ont aus
si recours aux simulacres & umbres, &
veullent étre loués de cé que jamais hom-
me n’estima louable. Et certes l’ignoran-
ce du tems n’est si grande, que vanité
suyvant pas a pas le bien, vienne en fin
en conferance avec la vertu. Car la vraye
gloire jette ses racines & multiplie, &
facilement se defend de l’injure de silen-
ce & du tems: mais les choses faintes in-
continent se passent comme les fleurs, &
n’y a rien de durable sinon ce qui est ac-
quis par bienfaire. Et si céte sotie tant
leur plait, qu’on ne les en peut demou-
voir, au moins je les voudrois prier, de
n’user de telles badineries envers ceux
qui ont jugement de l’honneur: mais
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [E6r p75]qu’ilz les vendent aux gens de leurs païs
qui ont peut étre (comme disoit Luci-
lius
des siens) le palais meilleur que le cer
veau. Or avenant que Diogenes tombat
en telle compagnie, ne requeroit point
des Dieux plus souverain remede contre
telle importunité, que d’étre mis & re-
clus en une carriere: à ce qu’il ne fut con
traint long tems voir ceux, que son oeil
ne pouvoit porter. Plato s’y portoit
plus doucement: de peur (comme il di-
soit) que je ne tumbe en méme peché. Le
quel s’il se feut trouvé avec telle manie-
re de gens, à mon avis n’eut éte plus mo-
deste que Diogenes. Car qui est l’hom-
me tant facile, ou plustot tant sourd &
aveuglé, que si telles choses peut dissi-
muler, puisse à tout le moins ne s’en
facher.

Notes:

1.  Sybarite: inhabitant of Sybaris, in Lucania, Southern Italy, proverbial for their effeminacy and debauchery (see also [FCPa090]).

2.  Quintus Hortensius Hortalus: Roman orator and statesman, 1st century BC; he liked luxury and artifice, and had a distinctive way of folding his toga.



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