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A la fonteine de Dodona.[1]

Contre les hautains.

De Dodona cy est la font depainte,
Pour ses effets par le monde estimée,
Ayant pouvoir d’allumer torche étainte
Puis la tuer quand elle est allumée.
La main de Dieu contre cil est armée.
Qui met en soy son espoir & attente:
Mais esclaircit de cil la renommee,
De qui en peu la fortune est contente.

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Narration Philosophique.

LAntiquité nous a celebrée la fontei-
ne de Dodona sacrée à Juppiter: la-
quelle à mon avis a surmonté & le
cours de nature, & les miracles de tout
le monde. Car elle avoit telle vertu, qu’el
le allumoit les torches étaintes, & neant-
moins les étaignoit quand elles étoient
allumées. Laquelle chose si elle n’est veri
table, si pouvons nous penser avoir éte
faincte par les Poëtes, qui avoient acoutu-
mé cacher la verité sous leurs fables, à ce
qu’ilz nous d’écrivissent [=décrivissent] Dieu, que les
Hebreux sous nom de divinité appellent
Jova,[2] & les écritures crétiennes fonteine
de vie, selon ses couleurs. Car telle est la
condition de Dieu signifiée par les divins
écris envers les hommes, de chatier ceux
(qui par l’heureux succés des choses &
leur bonne fortune sont orguilleux) par
maladie, perte d’amis & autres telles cho
ses appartenantes au ménage: & etouffer
telle clairté de laquelle ilz se haussoient
par dessus tous leurs egaus, comme une
grand force de feu par jeter abondance
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [G6r p107]d’eau. Mais avec ceux qui usent en toute
leur vie de méme façon & visage, & qui
en choses mal propices ne se montrent a-
batus, & qui ne desirent tant ces avance
mens de fortune, sur lesquelz les gens in-
solens & ignares métent tout leur fonde-
ment, Dieu se porte doucement & libera
lement: & bien souvent d’un lieu obscur
& bas les monte à choses grandes, que fa
cilement ilz obsurcissent la clarté des au
tres. Et tout ainsi que bien à propos noz
peres disoient, que louange suit celuy qui
la fuit, & fuit celuy qui la suit: aussi ces
grands avancemens souvent se recullent
de ceux desquelz la vie est du tout em-
ployée en ambition: & au contraire se ren
gent du coté de ceux, qui jamais ny a-
voient pensé. Car ceux qui sont contens
de peu & du leur, & qui tiennent peu de
choses sujetes à fortune, si leur avient quel-
que bon heur, ilz estiment avoir receu ce-
la du bienfait de Dieu, & l’imputent à
gain. Mais ceux qui sont enflammés d’un
incroyable desir d’en avoir, & qui ne s’em-
ploient à autre chose qu’a penser à l’écu,
si en aucune chose fortune repond à leurs [=leur]
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [G6v p108]souhait, ilz imputent tel heur à leur dili-
gence: & se montrent souvent tant inso-
lens en telle prosperité que quasi ilz pensent
Dieu leur devoir de retour. Pourtant no-
tre seigneur en Esaïe reprend griévement
le Roy des Assiriens, parce qu’il atribuoit
la grandeur des choses par luy faites, &
ses heureuses victoires à sa propre louan-
ge: & comme depouillant le seigneur de
l’heredité de sa gloire, luy deroboit ce
beau droit de donner la victoire, que tous-
jours les anciens sages ont deferé à la di-
vine sapience. En autre lieu il predit gran-
de calamité à Nabuchodonosor Roy de
Babilonne, parce qu’aiant pillé la Ro-
yalle cité de Jerusalem, il se fioit trop à sa
grandeur, & n’avoit reconeu telles proës
ses & heur de Dieu, qui en est l’autheur.
Dont plus je ne m’emerveille de la ruine
des Royaumes, la route des Empires, le
foullement des provinces, perte des ar-
mées, & telz autres cas admirables en
fortune, lesquelz de la memoire de noz
peres sont avenus aux plus grandes sei-
gneuries. Car ce qui fut anciennement pre-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [G7r p109]dit par Moïse & les prophetes de veoir
avenir aux lignées d’Israël & peuple des
Juis, s’ilz se retiroient de la volunté de
Dieu, cela mémes pouvons affermer avoir
éte pronostiqué aux autres nations. Car
de quel courage, de quelle affection de-
voit étre Dieu, envers la gent qui avoit
souillé par toute mechanceté sa religion,
& maculé par domestiques homicides
les compagnies par droit assemblées,
que nous appellons villes & cités? Qui
est donc celuy qui revocant en sa memoi-
re la defaite de tant de Royaumes floris-
sans en Asie, & Europe, & les Cretiens
étre mis hors des places, que la vertu &
force de leurs ancétres leur avoit laissées
hereditaires, n’estime que ceux qui ont
éte si rudement traités, ont souffert juste
peine à leurs delis. Car la chose va mal,
quand ceux lesquelz Dieu à plus favori-
sez, oublieus de telle bienveillance n’esti
ment avoir receüe aucune chose. Dont
avient que ja pressés par troubles & cala
mités se ressentent bien tard de ce qu’ilz
pouvoyent long tems devant en prospe-
rité avoir preveu.

Notes:

1.  Dodona, in northwest Greece, was an important temple sacred to Jupiter.

2.  That is, Jehovah.



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