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Sur l’herbe Rododalphne.

La sainte écriture est un couteau
trenchant des deux cotés.

Rododaphné herbe plaisante & belle,
Apporte à l’homme insigne guerison
Contre venin: mais c’est chose mortelle
Aux animaux denués de raison.
Les livres sains à ceux, sont de saison
Qui autre appuy ne mettent qu’en vertu:
Mais à tous ceux est presenté poison
Qui ont d’orgueil leur esprit revetu.

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Narration Philosophique.

IL ni a rien de meilleur ou de plus bra-
ve que Dieu aye donné à l’homme, que
la doctrine qui anciennement annun-
cée par Moïse & les prophetes, & depuis
renouvellée par le messias de Dieu est
en fin pervenue jusques à nous. Et Ptolo
mée Philadelphe
n’estima jamais que la
Bibliotheque qu’il dressoit de tant de
milliers de livres se peut plus embellir,
que par y mettre les livres de Moïse &
des prophetes. Si envoya embassadeurs
vers Eleazar prince des prétres,[1] à ce qu’il
feit aller en Egypte gens doctes & sçavans
en la loy, pour traduire de l’Hebrieu en
Grec ces livres. Laquelle chose obtenue,
combien qu’il ne fut semblable en reli-
gion avec les Juis, si estima il que tels li-
vres n’avoient moins apporté d’honneur
& de dignité à sa nation que d’ornement & pa
rure à sa bibliotheque. Aussi aucuns des He-
brieux ont écrit que jamais le monde ne re-
ceut tant d’honneur, que le jour que Salomon
Roy de Hierusalem publia son livre du Can-
tique des Cantiques au peuple, Lesquelles

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choses étant ainsi, aucun se pourra émer-
veiller, comment il se peut faire que par
tel instrument des saintes écritures plu-
sieurs ont éte offensés. Mais comme l’her
be Rhododaphné, profite aux hommes con
tre le venin, & est grandement louée en
medecines: mais elle étaint & tue les bé-
tes brutes: aussi ces saintes letres incitent
les gens de bien à vertu, & otent les per-
turbations des espris bien informés: mais
aux méchans apportent extreme danger
& souvent leur engendrent mauvaises
opinions. Car si nous voulons dés la nais
sance de l’eglise revoquer en memoire les
heretiques, il ne s’en trouvera aucun qui
en sa méchante doctrine ne se soit servy
de quelque lieu de l’Evangille. Mémes
Mahumet combien qu’il ait baillé aux
siens une loy fort contraire a nostre evan
gille si a il toutefois tiré maintes choses de
l’evangille à ces infamies, & s’efforça fon
der sa mechante doctrine sur le texte de
l’evangille. Pourtant n’est pas hors de pro
pos ce que disoit Aristo de Siou, que les Phi-
losophes nuisoient aux oyans, qui inter-
pretent les choses bien & sagement dites
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [H1r p113]en mauvaise part. Car qui est la chose tant sainte-
ment dite, que par l’effort de méchans ne soit def-
formée? Mais si aucun ne se propose autre but en sa
vie, que de se montrer apre defenseur de la verité,
& manie telles écritures non de son sens, mais par
le jugement des sages, il ne faut craindre que de ces
létres ne reçoive grand fruit & loyer. Car si de ve-
rité la voye est simple, celuy me semble étre hors
du sens qui le meine & contraint à ces las de dispu-
tes comme à un moulin de parolles. Et qui est ce-
luy, qui lisant noz Evangiles, encores qu’elles
soient nues & écrites sans fleur d’oraison, ne se sen-
te grandement épris de certaine cogitation de la di
vinité & choses grandes? Car telles flammes de parol
les n’apportent rien à la perquisition de la verité: &
cest effort d’oraison ne sert de riens à la tractation
des choses: si non que tu poursuives jusques en fin
le sujet que premierement tu auras entrepris. Et
certes la voix de Dieu est venue vers nous non
pour instruire les langues, mais les espris. Pour-
tant ne faut esperer que la lecture des létres saintes
apporte profit à ceux qui en quelque dispute de la
religion ont leurs recours aux notres & formules
de parolles.

Notes:

1.  Eleazar: Jewish high priest in the 3rd century BC, asked by Ptolemy Philadelphus (King Ptolemy II) to send the Law of Moses (Septuagint) to Egypt for his library at Alexandria.



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