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La Muse Dorique.[1]

Contre les juges donivores.

Qui entre tant d’especes de musique
Ne met a pris que la muse Dorique:
Et n’ayme rien que féves espicées,[2]
Voire devant qu’elles soient escossées:
Ne doit avoir selon mon jugement,
Place ne voix en siege ou parlement.

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Narration Philosophique.

NE plus ne moins qu’entre les fem
mes, l’antiquité en a remarqué au
cunes, qui avoient des yeux aux
mains: & ne croient riens, si non ce quel-
les [=qu’elles] voient & touchent: aussi entre les hom
mes nous en trouvons ausquelz nature
devoit plus tot mettre les yeux aux
mains qu’en la téte. Et ont le sens de l’a-
touchement si bon, qu’ilz ne se ressentent
d’autre, que de celuy la. Telles gens Ho-
mere
ancien Poëte appelle donivores, &
avaleurs de presens, parce que au manie-
ment des grandes dignités, ilz prenoient
& tout, & par tout, & de tous: & se lais-
soient aller la ou étoit l’argent. Ceux donc
qui sont de telle nature, que par leur ava-
rice ilz ramenent & la religion, & leur foy,
& ce qui est plus estimé es honneurs, à
un certain profit & loyer, ilz eussent à
mon avis mieux fait leurs besoignes, s’ilz
se fussent mis ou à une banque, ou autre
marchandise, ou il semble que leur naturel
s’adonne. Car que pouvoit esperer des
étas lucratis, celuy qui en choses éloi-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [K3r p149]gnées de tout gain s’enrichit tant. Mais
en aucunes personnes git une si grand
soif s’en avoir, si incroiable incitation
d’à amasser [=d’amasser] deniers, qu’il n’y a chose qui
les puisse fuir sans profit & gain. En gou
vernant la republique, ilz servent à leur
propre utilité: ilz donnent à usure l’ar-
gent de l’Eglise: ilz s’aproprient les biens
de leurs pupilles, & baillent leurs deniers
à interest: le reliqua du patrimoine de Je-
sucrit
appliquent à soy, somme, ilz vivent
de sorte, qu’ilz n’estiment riens la vie sans
faire gain. La Muse dorique leur plait seu
lement, & ont étoupé leurs oreilles à tous
autres passetems de voix & d’instrumens.
Et tout ainsi que Vespasian ne refusa tri-
but de pissat, aussi ilz prenent dons, &
profit de la villanie & méchanceté des
hommes, & ne pensent rien étre infame
moyennant qu’il y ait du profit. Pour-
tant noz encétres pour oter toute ava-
rice des charges publiques, ont decer
né grandes questions étre faites contre
les magistras, qui étoient atains du moin
dre suspeçon d’avarice, ayant cela pour
grand mal, que ceux par l’erection & éta
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [K3v p150]blissement desquels le peuple devoit étre plus riche
envahissent les biens des sujés, & apportassent quel
que charge ou dommage aux petitz. Et n’estimoient
que la chose publique peut étre mieux appuiée,
que si les gens du bas état étoient maintenus sans
injure & offense entre les grands & puissans. Mé-
mes ceux qui demandoient les honneurs, par quel
que liberalité & magnificence des jeux gaignoient la
faveur du peuple, en sorte que l’omission de l’edilité
moyenna le refus à aucuns en la preture & au consu-
lat. Tant valut la raison en céte cité bien gouver-
née, que ceux qui avoient la charge du peuple non
seulement ilz ne luy demandoient riens, mais par
tous moyens & presens ilz aqueroient leur amitié.
A quoy aussi les létres divines nous incitent, à ce
qu’en tous plaisirs nous aydons aux pupilles, vef-
ves & étrangers: & que nous nous appretons à eux
en toute maniere, de bienveillance. Ausquelz
aussi Justinian a tant deferé, que par expres il s’est
constitué juge en leurs causes ne pensant chose alie-
ne de sa majesté d’introduire leurs differens en son
auditoire. Mais ceux qui ne font autre, chose que de
s’enrichir du patrimoine des paouvres, tenans ban
que & marchandise d’absoudre ou condamner les
accusés, n’ont nul moyen ny instrument à la digni
té en laquelle ilz versent.

Notes:

1.  This is by way of being a pun, or play on words, between Doros (Δωρος), a speaker of the Doric Greek dialect, and doron (δῶρον), a gift, or bribe.

2.  Erasmus, Adagia, 1.2. Those who ‘eat beans’ are men corrupted by bribery in the casting of their votes (beans being the means of casting a vote in ancient Greece).



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