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A la statue de Pallas.

Cela est beau, quand les Roys sont
sages, ou les sages sont Roys.

Pallas naquit le morion en teste,
Et lance au point, qui sont signes de guerre:
Et neantmoins à manier est préte
Les monuments & escris de la terre.
Bien sied au rois de chercher & enquerre
Les beaux tresors de la literature:
Car bien souvent à gaigner & conquerre
On aperçoit le fruit de la lecture.

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Narration Philosophique.

AUcun se pourra, peut étre émer-
veiller, pourquoy les poëtes ont
consacré sous la puisance d’un mé
me Dieu, & sous méme lieu d’amitié con
joint choses quasi contraires & repugnan
tes en leur nature. Car qui est celuy, qui
jamais fit semblable l’oy [=loy] sujeté [=sujete] au camp:
la plume a l’épée, l’umbre au soleil, la robe
longue a la cote d’armes? Qui estima ja-
mais qu’entre les armes il y eut lieu aux
loix entre les squadrons aux formules de
droit, entre les trompétes aux apointemens
du preteur? brief qui jamais jugea qu’é-
tre enseignes deployées & guerre ouver-
te la paix peut verser? Lesquelles choses
encores qu’elles soient separées d’usage,
qui toutefois avisera de pres, facillement les
pourra amener a un accord & consentement
naturel. Car Alexandre le grand, l’empe-
reur certes pour ses fais d’armes premier
à tous les autres n’estima chose étrange
de la majesté d’un grand Roy mémes en-
tre les armées & batailles de parler &
penser d’Homere: & tout ce qui luy re-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [L7r p173]stoit de loisir aprés avoir fait les affaires
de guerre, employer à lire. En ce Roy
étoit un si ardant étude & desir envers
les létres, que souvent il veilloit jusques
à nuit parfonde, & aucunefois étant sur-
monté par veilles s’endormoit sur le livre.
Auquel apres avoir pris les tentes de Da-
rius
, & rompu l’armée des Persans, fut
apporté un petit cofre d’or fort enrichy
de pierreries: & interrogué que c’est qu’il
vouloit qu’on y mit: commanda qu’on
y mit les livres d’Homere: estimant étre
bon quand la grandeur qui reluit en un
Empereur, est gouvernée pa [=par] la tempera
ture des letres, & la doctrine. Et est loué
Fulvius, qui ayant surmonté les Etoles
en la compagnie d’Ennius, voulut offrir
les depoulles de Mars aux Muses. Car il
y a quelque, & a mon avis non mediocre
acointance entre les Muses & Mars: é-
tant a leur aide la splendeur de guerre
plus ample & brave. Or long tems de-
vant un autre Alexandre nommé Neopto
lemus, dit dedans Ennius, luy étre ne-
cessaire de Philosopher, mais un peu.
Car les preceptes de Philosophie ne sont
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [L7v p174]de telle sorte, qu’on ne s’en puisse servir
en guerre. Et combien que l’art militare
doive étre plus en pris à ceux qui manient
les affaires publiques, si estima Plato la
republique heureuse quand les princes
Philosopheroient, ou les Philosophes com
manderoient. Car encores qu’aux grans
personnages toutes louanges sont en la guer
re, & que par céte discipline, la republi-
que est retenue en devoir, ne se doivent
toutefois moins efforcer les princes de
se faire semblables aux loyx des Philoso-
phes. Car si le gouvernement des villes
s’entretient par dons & supplices, qui est
celuy qui pourra bien decerner le bien-
fait, & ordonner de la peine: si non qu’il
sache bien ce qui est louable ou deshonéte?



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