Switch to Dual Emblem Display

Link to an image of this page  Link to an image of this page  [M4r p183]

Sur le Satyre.

N’appartenir à un tas d’artisans d’interpre
ter, ou parler des letres sainctes, à leur téte.

Quand Promethée eut ravy par finesse
Le feu du ciel des haux dieux la facture,
L’ors un satire admirant la noblesse
Et la beauté de telle creature,
L’embrasse & baise, ignorant sa nature:
Si se brusla, recevant recompense
Et vray guerdon d’une telle imprudence.
Qui veut gloser, qui adjoute ou deduit
Aux livres sains, & n’a art ne science,
Sans y penser souvent le feu le suit.

Link to an image of this page  Link to an image of this page  [M4v p184]

Narration Philosophique.

IL n’est point de maniere de gens plus
importuné & insurpotable, que ceux
qui étans un peu outre les premiers
elemens, conçoivent telle opinion de soy
que quasi ilz ausent sortir du ranc des
chevaux legers, pour se joindre avec les
hommes d’armes. Car ne plus ne moins
que l’ignorance n’est point contée à quel
cun pour vice: aussi c’est une rage incroi-
able, si aucun n’ayant usage, ne doctri-
ne, veut faire jugement de ce qui consiste
en art. Donc si comme disoient les anciens
chacun se doit exercer & méler de l’art
qu’il cognoit, de combien sera il plus rai-
sonnable, que les doctes & savans jugent de
quelque chose contentieuse? Mais celuy
qui est tant éhonté, de vouloir donner a-
vis en ce qu’il n’entend point: & ne provo
quer seulement au combat les plus doctes
en la chose, mais en un seul mot détruit
leurs écris, tel homme, comme je croy,
doit étre renvoyé à son métier, la ou natu
re l’appelle. Et tout ainsi que nul ne peut
bien commander qu’il n’ait autrefois
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [M5r p185]obey, aussi cil ne pourra bien disputer
& enseigner qui n’a point ouy docteur.
Mais telle est la discipline de notre tems,
que chacun veut viellir en l’oppinion qu’il
aura éleuë premierement & s’efforce par
toutes voies de defendre ce qu’il aura u-
ne fois mis en son esprit. En quoy peut
étre faudroit pardonner à ceux qui bien
instruis des belles sciences apportent un
desir de chercher la verité à l’étude des
livres ausquelz semble étre fort difficile
de laisser quelque opinion, de tant qu’ilz
ont confience d’en pouvoir bien juger.
Car les gens doctes s’estiment étre mal
traités, quand à la perquisition de verité,
l’authorité a plus de poix que la raison.
Mais ceux qui en public ménent vie me-
chanique, ne faut permettre qu’en parlant
de letres saintes, ilz donnent plus à leur
sens, qu’au jugement des doctes. Car qui
sans savoir, se met à quelque discipline,
parce qu’il ne peut voir de long les cho-
ses qui ensuivent & les passées, s’amuse
principallement à ce qui est convenable
au sens corporel. Et se pense avoir fait quel
que grand fruit en ces preceptes si à ses
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [M5v p186]passions peut appeller Dieu comme
autheur & guarent. Or est il qu’à quel-
que religion tu veulle adresser ta pensée
si faudra il venir à céte raison, qu’on
ne mette cela pour arrét & chose sta-
ble, que quelcun aura choisi à son pri
vé: Car qui est ce qui peut étre con-
stant & ferme entre tant de differen-
tes familles d’opinions? Mai il faudra
que tous observent ce que la plus gran
de partie des bons aura conclu. Car si
nous voulons ramentevoir les comman
cemens de notre religion, nous voions
qu’entre les chefs de l’Eglise, qui en-
seignés par Jesucrit adjouterent tout le
monde à leur foy, il y à eu grandes con
troverses sur la religion: & toutefois
si aucun encores qu’il fut excellent en
miracles & vertus disoit quelque cho-
se, il n’étoit pas arresté entre les autres
mais à la vocation des plus vieux assem
blée se faisoit: la ou ce que la plus gran-
de partie accordoit faisoit, foy & au-
thorité entre tous. Mémes l’antiqui-
té de la circoncision pouvoit tant envers
aucuns des Apostres qu’on jugeoit que
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [M6r p187]ceux qui des gentils venoient à la reli-
gion de Jesucrit, n’étoient à l’avis de plu-
sieurs hors de la necessité de circuncision.
En laquelle opinion saint Paul circoncit
Titus. Mais la question rapportée au con
cile: fut faite une loy, par laquelle telle
necessité fut remise au [=aux] Crétiens. Donc
n’avoir rien de stable en la religion, si
non ce que tu voudras & penseras en
toy méme, c’est affaire à un homme fort
deploré: mais il faut avoir l’avis de ceux
qui tant en nombre qu’en doctrine pas-
seront les autres. En quoy plusieurs na-
tions ont encouru juste reprehension,
pource qu’adonnés à renouveller la reli-
gion se sont portées de sorte, qu’il ni a hom
me étre [=entre] elles qui ne differe en doctrine &
opinion des autres: & de tant qu’un hom
me est plus brave, il s’efforce de ne resem
bler en la religion à personne qu’à soy
mémes.



Iconclass Keywords

Relating to the image:

Relating to the text:


Hint: You can turn translations and name underlining on or off using the preferences page.

 

Back to top