Switch to Dual Emblem Display

Link to an image of this page  Link to an image of this page  [N5r p201]

L’appetit obeissante [=obeissant] à la raison.

Selon Plato.

Tu es bien sot de monter à cheval
Ne le pouvant à ton gré manier,
Dont s’il t’a mis & jeté en ce val,
Tu as receu au fait digne loyer.
Qui par raison ne peut seigneurier
Les appetis de son ame sensible,
Il ne peut pas à bon droit denier
Qu’il ne soit béte à tous vices passible.

Link to an image of this page  Link to an image of this page  [N5v p202]

NARRATION
Philosophique.

ENtre les choses qui quasi divine-
ment sont issues de l’école de Plato,
il ne se dit rien plus grave & propre
à la Philosophie, que quand il met la rai-
son sur l’appetit, comme un piqueur vol
tigeant sur un cheval. Car tout ainsi que
celuy qui monte sur un cheval est bien
ignorant, ou temeraire s’il ne le peut
manier, & le mener à son plaisir, & puis
le detourner l’a [=là] ou il voudra: aussi celuy
ne sera veu soutenir avec honneur la part
& charge qui luy est imposée du vou-
loir de Dieu, ou par l’inclination de na-
ture qui ne daignera gouverner céte bel-
le regente de toutes choses sapience
son esprit orguilly pour sa prosperité.
Car la raison qui par distance notable
nous avoit separez des bétes, nous à elle
méme conjoins avec Dieu immortel d’u
ne societé eternelle: à fin que non seule-
ment les hommes s’estimassent outre-
passer toutes les bétes, mais qu’ilz con-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [N6r p203]nussent aussi, que par la raison & les af-
faires des autres vertus ilz ont une con-
jonction avecques Dieu. Donc puis
que non seulement en l’homme mais
aussi au ciel il ny [=n’y] a rien de meilleur &
plus brave que céte raison, c’est cho-
se indigne si aucun la tient chez luy sous
garde peu liberalle, & comme asservie
sous l’Empire & seigneurie de l’appetit.
Et qui fait cela, non seulement il ne
prise rien la liberalité de Dieu envers
nous, mais il viole & ront la societé
qui a éte premierement instituée entre
Dieu & l’homme par la raison. Car si
la raison c’est celle, qui repete le passé,
voit l’avenir, par laquelle nous dispu-
tons, & jugeons des choses occultes
de nature: sous la puissance de laquelle
tout l’univers est gouverné, il n’est
pas convenable, que comme un por-
tefais elle serve aux passions de l’esprit:
& que sa lumiere soit obscurcie par
les voluptés du corps. Or comme l’e-
ternité de Dieu a tousjours passé par
le consentement de toutes nations,
aussi faut il confesser, la raison estre
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [N6v p204]eternelle: laquelle a de tout temps eté
par devers céte discretion celeste, & le
tout puissant Dieu. Si que devant les
cours des ciels & étoilles obtenant vi-
gueur à la fin par le bon plaisir de Dieu
est descendue à ceux qui habitent ce glo-
be, inferieur: non certes pour suivre l’ap-
petit consentant à vices, mais à fin qu’el-
le de toutes choses regente & maitresse
entretient les hommes en telle semblance
& equalité, que non seulement un resem
blat à soy, mais que par un accord d’a-
ctions & perfete raison, l’une partie du
monde fut semblable à l’autre: de laquel
le équalité apparoit celle qu’on nomme
sapience.



Iconclass Keywords

Relating to the image:

Relating to the text:


Hint: You can turn translations and name underlining on or off using the preferences page.

 

Back to top