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A l’image de Fortune.

Ne dependre point de Fortune.

Jadis fut veu estre chose oportune
Batir autelz, faire maint sacrifice,
Et immoler victimes à Fortune,
Pour l’avoir plus favorable & propice:
Mais maintenant pour son meschef & vice
La France l’à en ses terres pendue.
Ce n’est donc pas d’un sage homme l’office
En elle avoir sa vie suspendue.

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Narration Philosophique.

A La déesse fortune les anciens pay-
ens ont tant donné, qu’à elle par le
consentement de tous les aages, se
deferoit pleine puissance en choses heu-
reuses ou adverses, commandement, do-
mination, brief elle faisoit la mise & la re
céte. Si quelque chose venoit à souhait,
elle étoit louée seule: elle mémes étoit ac-
cusée en pleur & facherie: & toute seule
faisoit l’une & l’autre page. Si n’avoit el
le authorité seulement en paix & repos,
mais luy donnoient les peuples force &
domination en la guerre: que de quelque
part que le chef eut victoire, on estimoit
qu’il obtint ce benefice par fortune.
Pourtant on luy consacroit publiquement
des temples, & luy donnoit on les hon-
neurs de la divinité: comme si on eut cru
que par telle obeissance on la pouvoit
maintenir en amitié & acoutumance de
bien faire. Laquelle chose comme un cha-
cun de nous pardonne aisement à la soup-
çonneuse antiquité: aussi Basile le grand
nous admonéte diligemment de guarder,
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [O6v p220]que par telz mots, ou superstition les es-
prits des Crétiens ne soient amusés. Car
celuy qui aux evenemens des choses nom-
me fortune, il fait que ce monde & l’uni
vers que nous voyons, semble étre hors
de la providence de Dieu. Sur quoy cela
est brave, que les Stoiques dient contre
les Epicuriens. Car si tout ce qui avient
aux hommes est fortuit, comme pourra
étre Nemesis Adrastia, c’est à dire, un éta
ble & eternel decret de toutes choses? ne
pourra aussi avoir lieu céte lieson, par la-
quelle Dieu, selon l’opinion d’Homere,
de tout tems a lié l’evenement des choses
d’un neu perpetuel. Car non pourtant si Fa
bius
est mort en l’eau, pourra sembler ce
la étre fortuitement avenu, ou n’avoir éte
preveu de Dieu, parce qu’il pouvoit ne
venir a l’eau. Mais s’il se fut eloigné de
l’eau, & qu’il fut decedé d’autre mort, ce
qui fut avenu autrement de luy, se pou-
voit aussi appeller constant, eternel &
stable conseil de Dieu. Et certes l’igno-
rance des choses futures engendre en
nous la fortune: & parce que nous vo-
ions avenir les choses diversement se-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [O7r p221]lon la diversité des hommes, nous ju-
geons n’avoir éte premierement mis
en destinées de Dieu. Or ce qui est ordon-
né par Dieu, ne se peut ne changer, ny
rompre: & s’il avient autrement sans
cause, sera il dit avoir éte predestiné: veu
que ce qui est avenu autrement, est ainsi
tumbé par la providence fatalle. Or avien
ne quelque cas, ou non, combien qu’il
semble étre mis en l’opinion, ce que tou-
tefois aviendra faut estimer étre avenu
par un decret divin. Pourtant Saint Au
gustin
aux livres qu’ilz [=il] a faits contre les
Academiques, confesse qu’il luy deplait
avoir nommé fortune, & que par tel mot
n’a voulu designer la Deesse, que les fa-
bles nous font variable & inconstante,
mais une fortuite raison des choses hu-
maines. Il y aura donc fortune entre les
hommes: ce que raison contraint de con
fesser si tu reguarde l’humanité & opi-
nion: mais si nous adressons notre esprit
à l’eternelle providence de Dieu, se trouve-
ra certes celle que les Grecs appellent
Imarmeni, c’est une verité perpetuelle
venant de toute eternité, une fuite & or-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [O7v p222]dre immortel des causes, non toutefois
comme les Stoiques pensent, quand par un
stable cours des étoilles & astres, une
cause jointe avec une autre cause engen-
dre quelque chose: mais à fin que la pour-
voiance de Dieu soit assise es faits des hom
mes necessaire & eternelle. Ce que saint
Augustin aux livres de la cité de Dieu
prouve amplement contre Cicero, il n’y
a donc rien de fait, qu’il n’ait éte neces-
saire qu’il advienne: & ce qui est pen-
dant, aussi aviendra il. De quoy toute-
fois nous ne voulons inferer ce que So-
stratus de Lucian
veut instamment ob-
tenir de Minos: allegant que contre
droit & raison il soufre peine de ses actes
méchans: veu que tels forfais luy soient
avenus par necessité fatalle, & par cau-
ses precedentes, & non de son bon gré.
Mais les choses qui ont éte faites contre
le droit & les Loix, elles étoient à ave-
nir puisqu’elles sont avenues: & neant-
moins elles sont faites de bon gré. Car
encores qu’une chose soit mauvaise, si
n’est elle moins sous la providence de
Dieu: auquel ores mémes que toutes
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [O8r p223]les voluntés des hommes soient pre-
veues: elles ne sont toutefois moins volun-
tés. Il y a donc grande difference entre
les bons & les mauvais: & non sans cau
se à ceux qui ont conservé & acreu la Re-
publique on ordonne honneurs & tri-
umphes en la cité, Car ce qu’ilz ont ver
tueusement fait, encores qu’il étoit à
avenir, toutefois c’est par leur vertu
qu’il est avenu. Aussi par grande rai-
son les Loix ordonnent peines contre les
méchans: car entreprendre un cas mé-
chant ou non, il est en eux: mais ce qui
en aviendra est de long tems en la pre-
science de Dieu.



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