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Sur Platon.

Honneur deu aux savans.

Voyes Platon en un char argenté
Estant conduit droit aux temples des dieux,
Et de nully en honneurs surmonté
Estre receu d’un tyrant furieux
En ferme amour, & d’acueil gratieux,
Jusqu’à luy metre en chef une couronne.
Dont ce pourtrait & exemple nous sonne
Combien acroist son maistre la science:
Veu qu’un tyrant qui meurdrit & rançonne
Porte au savant honneur & reverence.

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Narration Philosophique.

LA dotrine & cognoissance des
choses grandes est une chose excel-
lente & digne d’un homme liber-
al & bien né: laquelle ne laisse point un
homme seul, voire quand il est seul: &
encores qu’il soit éloigné du gouverne-
ment de la chose publique, ne le laisse vi
vre sans honneur & dignité. Et ne croy
point, que l’industrie des hommes aye
jamais trouvé chose plus propice pour re
jouir les esprits, que la cognoissance des
letres: lesquelles tiennent tant bien le
moyen entre les deux extremes, que qui-
conques versera en icelles, ne se puisse di
re ny vrayement oisif, ny aussi empéché:
& toutefois facilement surmonte en di-
gnité de vacation les gens de ces deux é-
tas. Pourtant Pythagoras qui premier
amena la Philosophie en Italie, & par
maintes belles sciences illustra celle part
qu’on nommoit Grece la grande, enquis
par Leon prince des Phliasiens, qui éto-
ient ceux qu’on disoit Philosophes, &
quelle difference étoit entre eux & les au
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [P7r p237]tres hommes, respondit, comme Cicero
recite, la vie des hommes ressembler à
son avis à un marché, qui en grande as-
semblée de toute la Grece se celebroit par
magnificence & appareil de jeus. Car
tout ainsi que la se trouvoient aucuns, qui
par exercer leurs cors attendoient hon-
neur & titre d’une couronne: les autres
s’adonnoient à vendre & acheter: mais
il y en avoit une tierce maniere plus li-
berale de ceux, qui ne demandoient ny la
faveur du peuple, ny le gain ains venoi-
ent pour regarder, & diligemment avi-
soient ce qui se faisoit & comment. Aus-
si les hommes étre venus d’une autre
vie & nature en céte vie comme de quel
que ville à un grand marché: les uns
servir à la gloire, les autres à l’argent:
mais ceux estre rares, qui mespri-
sans toutes autres choses s’appliquo-
ient à la contemplation de la nature
des choses, lesquelz il nomme Philoso-
phes. Et tout ainsi que c’est un acte fort
liberal de regarder & voir sans attendre
aucun profit: aussi en céte vie la contem
plation & cognoissance des choses, ou-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [P7v p238]trepasser toutes autres façons de vivre:
& ceux qui se donnoient a la perquisition
de verité, vaincre sans controverse les au
tres gens. Laquelle combien que elle soit
convenable à la nature & dignité des hom
mes, si deplait elle à plusieurs. Contre
elle, comme je croy, dépités noz gens, ne
veullent permettre que leurs enfans &
ceux qu’ilz ont en leur puissance, s’em-
ploient aux létres. Et si les aperçoivent
étre ardents & enflammés à l’étude, les
traitent mal: & ne pensent point étre
bon de s’adonner aux letres, si non d’au
tant qu’elles peuvent servir à amasser
l’ecu, & faire sa maison. Ilz n’estiment
que la cognoissance de l’antiquité &
des choses humaines appertienne à un
homme sage, parce qu’elle est peu profita
ble. Gens fort braves qui mesurent l’hon-
neur & la vertu par le profit. Car enco-
res qu’aucunes vertus ne sont profita
bles a faire une maison, ne sont toutefois
moins aimables. Combien que l’étude
de sapience n’est tant paouvre & misera-
ble, & ceux qui l’aiment tant soufreteux,
que s’il leur étoit propice d’amasser de-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [P8r p239]niers, ilz ne le pensent bienfaire: chose qu’a
éte demontrée par l’authorité du sage
Thales: lequel par certaines causes de na
ture cognoissant la sterilité des années en-
suivantes, acheta toutes les olives de ceste
année, desquelles luy qui étoit Philoso-
phe & adonné a contemplation feit un
grand denier. Car non pourtant si ay-
mer paouvreté, & se contenter de peu ap
partient à un Philosophe, ou Crétien:
ceux qui sont sages ou Crétiens ne pour-
ront amasser deniers: mais c’est la per-
fection quand ayant moyen d’en amas-
ser, on ne s’en soucie. Or parce qu’on en
voit plusieurs qui se delectent fort du
fruit de gloire, encores voyons nous, que
par les létres le pas est ouvert à louange
& honneur. Car nous avons ouy dire
que Dionysius de Saragose[1], duquel la
cruauté est anoblie par dessus tous les
autres, a tant porté d’honneur à Plato,
qu’il luy envoya un navire timbré, & le
receut en tout honneur & liberalité. Aussi
Pompée le grand, defera tant à Possidonius
Philosophe Stoique, que venant chez luy
commanda aux licteurs abaisser les masses.
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [P8v p240]Et la famille des Affriquans estima tant
Ennius Poëte, qu’elle luy ottroya droit
de sepulture en leur sepulchre familier.
Aussi Alexandre le grand rendit si grand
temoignage a la doctrine de Pindarus,
qu’en la prise de Thebes il pardonna à
sa famille. Et dit on que l’Empereur
Severe donna à Oppian un écu pour
chaque vers. Tant c’est chose Royale
de faire bien, & honneur à ceux par le
moyen desquelz les actes braves des
gens de bien sont mis à immortalité &
perpetuelle memoire.

Notes:

1.  Note this is Syracuse, not Saragossa



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