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Au Changeur.

Contre ceux qui ont le vent en pouppe.

Quand le changeur quelque conte veut faire,
Souvent mettra un jeton en levant,
Qui vaudra mille, & s’il vient à soustraire
Se trouvera moins valoir que devant.
Le courtisan encor que bien avant
Soit en honneurs & dignites monté,
Souvent plus bas qu’un esclave ou servant
On le verra des petits surmonté.

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Narration Philosophique.

DIonysius montra aucunement en
Corinthe combien mal seure étoit
la navigation de ceux, qui poussés
par le jugement d’une multitude & fa-
veur du populaire, n’ont jamais ceu trou
ver le port de leurs cupidités. Car de tant
leur condition doit étre estimée mauvai-
se, qu’il est tenu pour infame, d’avoir la
raison de sa vie attaché & dependente
d’autruy. Et comme celuy est fort, sage,
moderé, brief il a une façon de vivre bien
temperée, lequel tant en fortune adver-
se, qu’en prosperité usant tousjours
d’une constance & equabilité d’esprit,
obeir á [=obeira] l’ancien precepte de ne se rejouir
ne facher jamais, mais assiet toute son es-
perance en soy: aussi celuy est fol & hors
du sens, qui depent tant du jugement &
opinion d’autruy, qu’à un méme jour,
pour quelque mutation qui ce soit, se peut
en peu de temps dire & heureux & mise-
rable. Alexandre avoit receu en grande
& etroite familiarité son amy Clitus, tou
tefois vaincu, comme je croy, par chole-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [R7r p269]re, ne peut tenir ses mains, qu’il ne tuat
ce tant proche amy. Mais en la perte
d’un homme sage plusieurs en furent
marris, voire Alexandre méme. De tant
est mal seur d’avoir l’amitié & familiari-
té des princes. Mais nous de quel plaisir
sommes frapés, quand nouveaux trou-
bles en la republique jetent ceux qui sont
elevés par bonne fortune, en quelque ad-
versité? Car celuy qui ne devient meil-
leur ny par les preceptes de Philosophie,
ny par la doctrine Evangelique, ny
pour remettre en memoire les evenemens
d’autruy, duquel l’esprit est endurcy à
toute vertu & moderation, qui ne s’e-
meut de la ruine & perte du populaire,
souvent avient qu’avant que partir de
céte vie il cognoit à son grand dommage
l’inconstance des honeurs & choses hu-
maines. Ce que je ne dis comme si ce leur
étoit un supplice de leur mechante vie,
voulant anticiper le jugement de Dieu
tout puissant, qui quelque fois afflige de
telle calamité les gens de bien: mais je ne
puis ne me rejouir, quand l’aigreur de
quelque accident apporte avec soy ce
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [R7v p270]bien, de pouvoir premierement punir gens
insolens par une audace de jeunesse, &
se haussans pour quelque vaine puissan
ce, & à la fin les renge à l’equité & la
raison. Il est certes beau de pouvoir ven-
ter l’appuy des Roys: c’est chose brave
tenir place de magistrat vers quelque
prince: il est profitable à la Republique
de servir de conseil a ceux qui gouver-
nent: & ne doit un homme de bien
refuser manimens d’affaires: mais tel-
les gens devront aviser de se porter ho-
netement en l’état, & ne blesser ceux
desquelz ilz doivent soigner le profit par
la Loy, & commission du prince. Car si
la raison & nature veullent que ceux qui
sont commis au gouvernement des bétes
cherchent en tout leurs profis, que de-
vront faire les hommes qui ont charge
de leurs égaux? Mais l’appetit d’aucuns
triumphe & saute en ce qui est domma-
geable a autruy: & ne se peut contenter,
s’il ne renverse ou fache quelcun. Des-
quelz les meurs étans arrives à telle cu-
pidité, de mesurer toute la chose publi-
que a leur profit, il faut porter patiem-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [R8r p271]ment, si mains accidens leur aviennent,
desquelz en leur prosperité ils ne se fus-
sent jamais doutés. Ilz mettent devant
les yeux de la multitude le fond de la pe-
cune publique: mais temperance veut
& commande que les offices venales
& acquises au fisc viennent à l’espargne,
& que d’iceux largent [=l’argent] en soit fait. Mais ceux
qui les demandent aux princes pour les
vendre au peuple, & puis appliquent à
leur profit les deniers de céte negotiation,
ils ont raison de se plaindre de soy. Car
il n’est pas decent que celuy qui s’em-
ploie du tout a épuiser le fisc, face aux
autres complainte de la paouvreté du fisc.



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