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Sur le Chathuan.

Batailler contre les Turcs, contre
l’opinion de plusieurs.

O vous Chretiens contes, princes & Roys
Venez avant hardiment tous ensemble,
Ces Othomans assaillir ceste foys:
Le Chathuan qui tout bon heur assemble
Par devant vous a passé, se [=ce] me semble,
Pour prononcer quelque grande victoire,
Dont ce grand Turc qui desja de peur tremble,
Sera rompu à jamais par memoire.

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Narration Philosophique.

QUelcun à bon droit se pourra émer
veiller, de ce que noz ancétres s’e-
tans si bien & constamment por-
tés à opprimer les forces des Othomans,
& ayans repousé tant des calamités &
routes de céte commune peste des Turcs,
en fin tous ces maux étre tumbés sur la té
te de la posterité. Car à fin que nous ne
pensions toujours aux choses externes,
par combien de victoires les Princes de
France on [=ont] defait céte gent en Asie & en
Afrique? Témoins en seront ceux, qui
ayans delivré la Surie de la domination
Turquesque, long tems ont tenu l’empi-
re en levant, contraignant ceux desquels
la vertu & les ornemens de la religion
Crétienne étoient partis pour venir à
nous, vivre de rechef selon l’institution
Crétienne, & recevoir encor, céte foy mor
te envers eux & forcée par la tyrannie des
barbares. Desquels la victoire & gran-
deur d’esprit, si elle nous a tant peu pro-
fité, que non seulement n’ayons peu rete
nir ce que par leur vertu nous avoit éte
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [S5v p282]aquis, mais avons perdu les choses mémes qui par
droit de juste heritage nous appartenoient: que sera
il plus tot à faire à l’homme Crétien, que de se mettre
du tout en pensée le recouvrement des terres, qui nous
ont éte otées par les Turcs Asiatiques? Car s’il y a
aucun tant amateur de paix & oisiveté, qui estime
qu’il ne faut provoquer par guerre céte gent remplie
& saoulée des dépouilles & sang des Crétiens, je ne
voy certes qu’il y ait jamais tems, auquel on puisse
entreprendre juste guerre. Et en cecy ne s’empeche
notre oraison, si les guerres sont permises entre les
Crétiens ou non. Car je sçay que plusieurs ont éte en
céte opinion, de penser qu’en quelque cas on pouvoit fai
re juste guerre: mais cela est hors de ce propos. Mais
ceux qui estiment que la religion nous defent de n’as-
saillir par guerre les Turcs & Barbares: & otent aux
Crétiens tout moien de recouvrer leurs terres per-
dues, semblent non seulement fortifier celle nation
pour retenir ces principautes, mais luy faire ouvertu-
re à envahir & usurper le reste de la Crétienté. Or
quelle injustice estce, voire plus tot quelle improbité
ne permettre de faire guerre à ceux qui ont premiere-
ment assailli? Comment auront impunité par noz de-
crés & sentences ceux qui ont à la veuë de tous pillé
& violé les temples & lieux saints, les autels & sepul-
chres des familles. Et si aucun estime la foy Crétien-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [S6r p283]ne ne se devoir semer & divulguer par force d’armes,
je loue certes & suis de son opinion. Car la chose va
mal, quand ce qui se doit faire par la providence &
benignité de Dieu, se meine par force: & comme en
toutes les actions qui appartiennent à l’esprit, aussi
en la religïon l’avis & chois de chacun vaut beaucoup.
Mais il ne faut endurer, l’ancien & juste patrimoine
des Crétiens, & à nous donné par succession & here-
dité de noz majeurs, nous étre ravy & violé par la té-
merité des mechans: lesquelz non seulement bataillent
contre notre religion, car ils la haissent de nature, mais
aussi contre toutes autres vertus. Ceux donc qui ont
du tout mis a neant la vieille Grece, theatre de toute
sagesse & humanité: saccagé les flourissantes villes
d’Asie, ou premierement à claire voix, & par le com-
mun consentement de tous les bons, la religion Crétienne
fut receuë pour Loy: & détruit les assemblées des Cré-
tiens qui estoient tant frequentes en levant: ceux la pourront
ilz si long tems abuser de la patience notre: permetra on
que si long tems leur méfait & infidelité verse devant
les yeux, les oreilles, & pres des cotés des princes &
Roys? Mais comme dit le bon Poëte Hesiode. On
ne trouvera jamais remede a ces maux, pour lesquels
en vain, peut étre, accusons nous la necessité de natu-
re: veu que nous sommes fort diligens à chercher noz
miseres & calamités.



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