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A la statue de la deesse Viriplaque.[1]

Concorde en mariage.

Quelle Deesse en face tant honéte,
D’un oeil tant doux, de façon tant modeste,
En cet autel reçoit dons & presens?
Qui sont aussi ceux qui sont la presents?
C’et celle à qui le mary & la femme
Comtent leur cas, noysetes & diffame:
Puis ayant sceu leur plaid & question,
Les faict venir à composition.

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Narration Philosophique.

LEs Romains anciennement mirent
une statue à la Deesse Viriplaque,
estimans qu’elle eut puissance d’ap
paiser les debas de mariage: & l’avoient
en si grande religion, que si quelque dis-
cort étoit survenu entre le mary & la
femme, l’un & l’autre à jour nommé en-
tre eux comparoient par devant la statue,
& alleguoient les causes de la dissension:
lesquelles deduites d’une part & d’autre,
toute inimitié remise & oubliée se faisoit
nouvelle alliance sous l’authorité d’elle,
comme d’un prétor de camp. Et certai-
nement il faut qu’en mariage les conjoins
se munissent plus de concorde, que de l’ap
puy des richesses: laquelle si saintement
est observée par eux, elle leur apporte
quelque chose divine, A quoy on peut juger
les Romains avoir pensé, que pour rete-
nir bienveillance en mariage, & celebrer
noces, appelloient les Dieux, estimans
la chose appartenir à la providence de
Juno, de n’entrer premierement en
mariage, qu’apres luy avoir fait sacrifice.
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [T8r p303]Au quel ceux qui avoient la charge de
regarder les entrailles des bétes immo-
lées, otroient le fiel, pour demontrer
à tous, que le mariage devoit étre sans
fiel & courroux. Car si cela est baillé à
l’homme naturellement de defendre
soy & sa vie, la méme guarde & vigi-
lance, comme je croy, est commandée
aux mariés, lesquelz Dieu à conjoins
de si grand lien, qu’ilz doivent faire un
seul cors. Et si aucun souhaite mauvaise
aventure a sa femme, semble autant batail
ler contre nature, comme s’il denonçoit
a luyméme la guerre. Et combien qu’au
tems de Moyse, auquel Dieu bailla la loy,
il fut donné & permis a l’intemperance
du siecle & des hommes, que les mariés se
peussent repudier l’un l’autre, & se tenir
apart soy: toutefois Jesucrit ota céte gran
de licence comme non convenable a la dignité
des Crétiens, & mit cet édit en ces Loix,
que nul usat de repudiation, si non en cas d’a-
dultere. Car il est bien raisonnable, que celle
que par son incontinence a violé ce saint droit
de societé, soit aussi privée du benefice
de communion. Artemisia Royne de Carie
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [T8v p304]porta telle affection & observance à son
mari Mausolus, que tout le monde esti-
moit, qu’à si grande amitié on n’y pou-
voit rien adjouter. Mais quand il fut mort,
creut tant céte bienveillance, qu’au para-
vant sembloit l’avoir aymé vulgairement
en conferance de l’amitié qu’elle luy por-
toit apres son trépas. Et ne pouvant por
ter moderement le desir & regret de luy,
éstima que si elle ne pouvoit du tout oter
l’aigreur de son mal, a tout le moins elle
l’adouciroit beaucop, avallant les cen-
dres & reliques de son mary, & quasi luy
batissant un sepulchre dedans son ven-
tre. Grand certes est le témoignage de l’a-
mitié, quand elle vit apres la mort. La fem
me de Pompée voiant qu’on avoit apor-
té sa robbe sanglante de la ville, s’étonna
tant pour crainte, qu’il ne luy fut avenu
mal, qu’elle mourut soudain: en quoy
pouvoit on cognoitre signes certains d’u
ne incroiable amitié de femme. Car sou-
vent entre les conjoins telle est l’affection &
amitié, qu’avenant que la necessité natu-
relle deface ce lien, & que l’un d’eux de-
cede: le survivant ne peut reguarder céte
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [V1r p305]lumiere sans regret, estimant la conversa-
tion de ses amys, & la compaignie des
hommes: brief sa vie luy étre ennuieuse.
A quoy si tous reguardoient, on ne ver-
roit certes tant d’ordures, tant de vene-
fices & adulteres habiter dedans les mai-
sons. Mais par ce que à marier les filles l’o
pinion de Themistocles ne nous est aggre-
able, & que nous estimons plus commo-
de & desirable avoir de largent qui ait be
soin d’un homme, qu’un homme qui ait
méttier d’argent: il semble quasi que cela
avient par fortune, si un de noz mariages
est sans facherie. Car tout ainsi que l’equa-
lité peut beaucop à entretenir l’amitié,
aussi il n’y a rien plus ouvert à malveillan-
ce qu’une disparité desprits & de riches-
ses. Le jeune demande une femme qui
ait grands biens, & ne se soucie si elle est
ja fort agée: d’ou avient que ceux qui en-
tre eux ne sont egaux & semblables en a-
ge & biens, ne s’accordent aussi en opi-
nions. Aristote de l’avis d’Hesiode com-
mande que nous espousions des vierges:
pource qu’il est aisé de les renger à no-
tre volonte. Et comme à peine ferés vous
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [V1v p306]un Crétien viel au fouet, aussi plus diffi-
cilement peut on manier & duire à son
plaisir les vielles femmes, & principale-
ment celles qui ont eu un autre mari.
Donc bien disoit Thales Milesien, pareilz
avec pareilz se devoir marier: à fin que la
concorde, qui seule quasi tient le maria-
ge, se puisse maintenir par semblance de
meurs & complexions.

Notes:

1.  The epithet for Juno, Viriplaque or Viriplaca, is literally the ‘placater of men’, restorer of peace in marriage.



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