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Sur le pourtrait d’un Arimaspe.[1]

Contre les juges corrumpus [=corrompus] .

Abandonant sa gent hyperborée
Cest Arimaspe en la France est venu,
Et la suyvant sa fortune égarée
Fut magistrat & preteur retenu.
Qui pour l’acteur que peut étre cogneu
De l’autre part cele droits apparens,
Tel conseiller est pour borgne tenu,
Jugeant d’un oeil proces & differens.

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Narration Philosophique.

QUelcun se pourra émerveiller à bon
ne cause, comment le peuple s’amu-
se tant à autre chose, qu’es cours
& jugemens on donne place aux Arima-
spes
. Laquelle chose encores qu’elle soit
étrange de l’humanité & courtoisie du
pays, si y a il plus grand merveille, que
sous leur main tout le cors de la Republi
que est quasi manié. Car qui est ce qui peut
tant étre contre la discipline de tous les tems,
que celuy par decret soit fait duc & con-
ducteur de ceux qui l’outrepassent, & de
la cognoissance des chemins, & de la vi-
vacité de l’oeil? Et n’est raisonnable, que
celuy qui est de telle infirmité, qu’il au-
roit métier de guide, tienne la place d’un
conducteur. Et combienque nous ne vou-
lons tant faire la guerre à nature, de vitu
perer ce que quasi avons succé avec le lait
de la nourrice: on doit toutefois étre mar
ri, quand aucuns prennent plaisir d’adjou-
ter aux calamités que nature apporte aux
hommes. Et n’avons proposé de batail-
ler avec les cors, mais c’est chose insup-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [X6r p331]portable, quand aucuns crevent un oeil à
leur esprit, qui est orné d’immortalité &
de la cognoissance de tant de sciences. Or
fut à mon avis sagement ordonné par tou
tes les nations, qu’au paravant que les ju-
ges donnassent leur sentence en quelque
cause, seroit donné permission aux parties
de parler & se defendre. Laquelle équité à
si grande religion en droit civil, que selon l’opi
nion des Jurisconsultes ne peut étre otée
par le prince. Mais ceux qui s’adonnent
à une partie, & se retirent de l’autre, ne
me semblent pas mieux faire, que si sans
appeller la partie laquelle ilz n’ayment
point, ilz donnoient leur sentence. Telles
gens je ne diray louches comme autresfois,
pris des yeux: mais sans offenser les loix
je les nommeray comme souvent enrages
& pris de leurs sens. Car ceus qui ou par
bienfait des princes, ou par ordonnance
de la seigneurie, sont établis à soutenir l’é
quité, justice, force & constance, me sem
blent du tout enrager, s’ilz changent ju-
stice avec injustice, la grandeur d’esprit
avec avarice & vilenie. Malheur (comme
dit Esaïe) a vous qui faites de la lumiere
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [X6v p332]tenebres, & les tenebres changés en lumiere, A quoy
j’estimerois approcher ceux, qui en jugeant les causes
tornent l’equité à corruption, & le poix de justice à fa-
veur ou malveillance. Or il n’est convenable, que ceux
qui gouvernent les offices publiques, reguardent leurs
amitiés privées. Car qu’à la republique de commun avec
le parentage de l’un & de l’autre? Estiment ilz avoir
éte éleuz à telz étas, pour soliciter les affaires de leur
lignage? Ont ilz achetés ces magistrats si cherement,
pour porter leurs amis? desquelz au paravant la digni-
té ils pouvoient plus commodement faire les affaires? Pen
sent ils avoir eu du prince le don de si beaux étas, pour
preferer l’accroissement de leur maison au repos du peu
ple? ou pour pratiquer par menées secretes à leurs en
fans les benefices contentieux par devant eux? Est ce
pour permettre leur religion étre opprimée par le cre
dit des grands & l’argent des riches? & enveloper de-
dans les laz de leurs sentences ceux, avec lesquelz ilz
n’ont amitié ou parentage? Les gens qui sont tels eussent
beaucop fait pour eux, s’ilz se fussent reposés en leurs
maisons sans état & loin de la republique, laquelle ilz
ne cessent de brouiller de leurs alliances. Car celuy qui
est tant secourable à son amy, que pour luy il ne doute de
se hasarder à tout, il faut grandement à mon avis, s’il s’ef
force d’entrer aux étas & honeurs, dedans lesquelz on
ne doit avoir égard aux amitiés & parentages.

Notes:

1.  The Arimaspi were a Scythian people (referred to by Aristeas), hence Arimaspus is not to be thought of as a personal name. The reference in the verse is to one of the strange tribes called by Herodotus (and others) ‘Hyperborean’, i.e. ‘from beyond the North Wind’ (Boreus), the men of which were supposed to have one eye in the middle of their forehead.



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