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Au simulacre de trois Graces Aglaia,
Euphrosiné & Thalia.

D’ou vient cela qu’ Aglaïa la sage,
Et ses deux seurs en vertus tant ornées,
Osent aller par ce beau paysage,
Nues d’habitz & si mal atournées?
C’est le pourtrait des seurs à plaisirs nées,
Qui à bienfaitz n’ont ny fin ny mesure,
Et en presentz sont tant desordonées
Jusqu’à donner leur habit & vesture.

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Narration Philosophique.

LEs Poëtes nous ont laissé en leurs
fables, les trois Graces le plus bra-
ve monument qu’il fut jamais pour
conserver la societé entre les hommes:
puis les paintres imitateurs de céte inven-
tion, nous ont fait l’ouverture à diligem-
ment honorer & garder les vertus, sous
lesquelles tout l’honeur & clarté de la
vie humaine repose. Car aux tableaux
on ne les voit que nues, & de telle ma-
niere, que l’une semble marcher en avant,
& les deux autres retourner. Laquelle
chose doit non seulement inciter noz espris
à recognoitre le bienfait envers celuy
qui premierement nous a prevenus par
honéteté, mais les rendre plus proms à
tout devoir de benefice. Car combien
qu’il ne semble convenable à l’amour que
chacun se porte à soy méme: & que natu
re à engendre en nous au commencement
de donner tant du sien, que puis apres on
n’aye affaire de l’autruy: si apartient il non
seulement à la nature des Charités, mais
aux preceptes de l’Evangile, de diminuer
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [Y8v p352]de son ordinaire pour couvrir l’infirmité
d’autrui. Car si la fortune & des pauvres,
& de noz égaus nous étant recomman-
dée, que celui semblera faire contre le de-
voir, qui s’aymera plus que son prochain:
faudra certes grandement reprendre celui qui
n’aydera son prochain en son adversité.
Car d’user petitement de ses choses, pour
secourir la pauvreté d’un autre, est chose
liberalle & Crétienne: & les richesses seu-
les sont estimées par le Poëte hors de la
fortune, qui auront éte departies aux a-
mis: & n’est jamais l’argent plus content,
que quand on le donne à ceux qui en ont be
soin. Car quand le tems de la mort vient,
il faut quiter & la vie, & les richesses,
mais cela seul est, notre que nous avons
departi à autruy. Et n’est rien plus de-
plaisant au grand Dieu, que tenir les cho-
ses, lesquelles, il nous à données par sa
grande bonté, tant clauses & celées qu’el-
les ne servent ni au maitre qui les tient,
ni à personne quelconque. Mais le bien
que nous aurons receu de Dieu il nous luy
faut rendre: & se faut éforcer d’en aider
les paouvres: ausquels si on fait du bien,
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [Z1r p353]Dieu le reçoit comme a luy fait. Or par-
ce qu’il n’y a plaisir plus necessaire, que de
rendre le bien, en cela premierement fau-
dra ensuivre la sagesse des paintres à pain
dre les Graces: puis nous prendrons He-
siode
pour autheur, qui commande ou de
rendre le benefice d’une méme mesure,
ou plus grande si la puissance y est. Mais
parceque il fache à l’homme honéte & mo
deste de requerir quelque chose de celui,
auquel il auroit fait autrefois plaisir, faut
que celui qui à receu le bien, avise en quoy
son ami peut avoir affaire de luy: & ne
faut attendre interpellation en ce qui se
doit faire de bon cueur: donnant cela tant
à l’amitié qu’à la vergogne du demandeur,
à ce qu’il ne soit veu plustot demander
une déte que requerir plasir.



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