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Sur une coustume ancienne.

Contre les peres & meres, qui mettent leurs
enfans en religion contre leur vouloir.

Jadis l’enfant d’un pont en bas getoit
Son pere ja par aage examiné:
Mais maintenant outre raison & droit
Contre les filz l’usage est retourné.
Est ce qu’un filz par le pere etonné
Outre son gré est mis en monastere?
O toy qui es par sagesse mené
Dy moy des deux qui est le plus austere?

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Narration Philosophique.

ET ne faut omettre ce, qui de present a
apporté de grands dommages à la Cre
tienté, noz affaires étre venues la,
qu’avec plus meure déliberation on vient
aux contrais, & stipulations, qu’aux veux
de religion. Car ceux qui achetent quelque
chose, ou mettent leur argent à rente, ne pas-
sent jamais le marché, que premierement
ilz ne se soient enquis de la condition de la
chose, de laquelle ilz contractent, & de la suf
fisance du déteur: mais à entrer en mona-
stere, nous usons de telle hativeté & incon
sideration de vouloir, que souvent sans pre-
cedente inquisition, nous nous ruons la d’ou
nous voudrions quelque fois sortir. Mais
il convient long tems deliberer ce qu’il faut
une fois faire: & ne peut durer long tems en
une opinion celuy, qui temerairement & sans
avis aura fait quelque chose. Neantmoins
ceux qui de certaine science se lient en telle
necessite de veu, ne se peuvent plaindre que
de soimémes. Mais celuy qui est en bas
aage, & qui ne peut faire jugement du bien
& du mal, ne me semble étre en coulpe,
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [Z6v p364]si par commandement & severité de ses pa-
rens se renge à telle vie. Incroiable exemple
d’inhumanité, qu’un pere favorise si peu
la cause de son enfant, de requerir de luy
ce que luy méme n’a peu accomplir en sa vie.
Et à mon jugement, ne se peut dire chose
plus mauvaise en toute la societé des hom
mes, que ce que vulgairement nous disons,
un pere avoir mis un ou plusieurs enfans
en religion: mais il est trop plus honnéte &
naturel de dire, qu’un tel à luy méme
éleu la religion pour y passer sa vie. Car
si en chose de fait, selon les Jurisconsultes,
on ne regarde point la puissance du pere:
si ceux qui entrent en religion selon les
drois des Canons sont absous de lautho-
rité paternelle, pourquoy à entrer en un
monastére donnera l’on plus au commande-
ment du pere, qu’a la volunté des enfans?
Car il ne faut mesurer l’entrée de la religion
de l’authorité du pere, ou autre patron:
mais conviendra peser le vouloir de celuy
qui veut enviellir en céte vie: lequel si de
tous ses espris se renge à ycelle, il ne faut
craindre, à mon avis, que telle entreprise
semble avoir été faite sans le conseil & sa-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [z7r p365]veur de Dieu. Or il n’est convenable, qu’il
y ait des gens tant peu favorables à la
cause d’autrui, qu’ilz mettent la felicité de
leur vie en roses & violétes: & au regard
des autres pense la beatitude & tranquil-
lité pouvoir monter jusques au taureau
de Phalaris. Et quelle injustice est ce, que
celuy qui en mariage à peine à il guardé
les Loix de chasteté, veuille que les autres
soient continens en un monastere? Ce que
nous ne voulons étre dit pour retirer de
leur avis ceux, qui s’elongnans des nego-
ces du peuple, ont chosy le loysir de telle
vie. Car j’estime celuy bien heureux, qui
selon le conseil de saint Paul pourra de cé
te vie mondaine comme d’un roc de cu-
pidité aborder son esprit à viduité: mais
il ne faut pardonner aux peres, qui obli-
gent leurs enfans, ou ignorans, ou con-
tre leur vouloir: comme s’ilz avoient eu
le conseil de Dieu, qui seul peut donner le
don de continence à ceux qu’il veut. Et cer-
tes jamais avarice n’aura fin, de laquelle,
si quelque petite marque se met en nous,
facilement elle efface de noz espris tou-
tes les Loix de justice & humanité. De
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [Z7v p366]laquelle céte tache s’est respandue sur le
nom des Cretiens, que celuy que veut fai
re sa maison, & donner à quelques unes
de ses filles plus grand mariage, met les
autres en religion. En quoy cela est lait
& méchant, un homme étre tant sujet au
gain & profit, qu’il ne se soucie du salut
de ses enfans le tems avenir. Mais ceci peut
étre nous disons en vain envers ceux,
qui pres de la pecune n’ont rien qu’ilz
puissent louer.



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