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Sur le Tableau de calumnie fait par Apelles.[1]

Contre ceux qui impetrent les con
fiscations des criminelz non con-
damnez.

En ce tableau calumnie est emprainte,
Jadis ainsi par Apelles depainte
En une main tenant torche allumée
A ruiner tout le monde enflammée:
De l’autre main par le poil tient pendant.
Un jeune enfant en larmes se fondant.
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [CC1v p402]Et devant soy marche la maigre envie,
Seure compaigne a la mort & la vie:
Et vient apres fallace & tromperie,
Puis trahison d’un aspet de furie,
A qui un Roy ayant grandes oreilles
Promet presens & choses nompareilles,
Si elle veut par moyen indecent
Luy mettre en main quelque paouvre innocent.
Mais, pour refrain de toute céte fable,
Vient repentance en ses faits miserable.
Qui se sentant frappée de remord
Se baigne en pleurs & tristesse de mort,
Et pour en fin amoindrir sa souffrance
De verité demande l’alliance.
O quantes-fois par tesmoings achetez
Juges au poingt, instrumens empruntez,
Ont pourchassé la condamnation
Ceux qui avoient la confiscation
Acquise à soy, avant qu’étre adjugée
O de vertu republicque estrangée.

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Narration Philosophique.

DE céte mere de tous maux avarice
une autre est issue que se nomme
calumnie: laquelle certaines pe-
stes d’hommes envieux de l’honneur &
bonne fortune d’autrui. ont adoptée &
tenue pour chef & maitresse au gouver-
nement des choses publiques: estimans
comme je croy, ne se pouvoir maintenir
sans elle. Car si nous voulons remettre
en memoire les choses anciennes, com-
me il ny [=n’y] eut jamais cité tant heureuse &
tant bien gouvernée, qui peut étre sans
tache d’avarice: aussi en tous ages se sont
trouvés gens, qui ne se méloient des
affaires publiques, si non que pour o-
primer la domination des bons citoiens
de tout leur pouvoir. Car ceux qui se
peignent en la republique une imagina-
tion de maitrise: qui non seulement veu
lent gouverner seuls, mais quasi seuls étre,
& vivre seuls: qui ne pensent étre conve
nable à leur pli de voir les autres qui les
surmontent en biens qui épuisent & spo
lient le patrimoine des autres, ont pour
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [CC2v p404]franchise & vertu, d’acuser capitalement
ceux, qui ne veulent aisement permetre
qu’on leur ote leur bien. En quoy me
semble chose lamentable, que force &
tumulte ayent tant de pouvoir au
gouvernement des affaires, que les pre
ceptes de justice soient effacés. Mais en-
tre tous maux il n’en est point de plus
capital, que se trouver des gens qui tour-
nent à la confusion des bons l’équité du
droit: qui toutes fois principalement à
éte constituée pour bien faire aux bons, &
les entretenir en toute liberalité s’efor-
ceans d’oprimer par les sentences des ju
ges ceux lesquelz ilz n’avoient peu met
tre hors par force & de guet à pan. Or
tout ainsi que les grosses mouches vi-
vent en oysiveté & ne font point de miel,
& neantmoins, comme dit Hesiode, elles
mengent le labeur des autres qui font le
miel: aussi il y en à plusieurs qui métans
tout le fruict de leur vie en paresse & re-
pos: & n’estimans rien meilleur à l’hom
me ne plus desirable, que de se saouler de
ses passe tems, qui selon l’opinion du vul
gaire font la vie heureuse: s’éforcent tou
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [CC3r p405]tefois d’interrompre le cours & le labeur
de ceux, qui sont toujours en travail, &
agitation. Mais il est raisonnable, que
apres que tu auras deferé, quelcun te de-
mande le don de sa confiscation, comme
à toy apartenant par droit: & qu’apres
que tu auras fait annoter quelcun ou par
fauseté, ou par témoins achetés, tu prenes
leur heredité comme à toy aquise. Or en
la republique de Romme il étoit defen-
du par les constitutions des Empereurs à
toutes personnes, de ne demander aux
princes les biens acquis au public par
confiscation: grande peine constituée à
ceux qui faisoient le contraire. Mais puis
quil [=qu’il] nous est tant décheu de la severité &
vertu ancienne, que mémes les biens de
ceux qui ne sont encores condamnés,
sont donnés à la cupidité des hommes a-
vares: il ne se faut émerveiller, si plusieurs
gens de bien demeurent dedans les rets des
méchans. Car ceux qui doivent faire gain
des sentences des Juges, & des condem-
nations des accusés, par ce quilz [=qu’ilz] esperent
en la cheute du condamné le profit de l’a-
mende, ilz ne s’emploient pendant le pro
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [CC3v p406]ces à autre chose, qu’a accabler par faux
témoins & instrumens supposes, ceux
qu’ilz voudroient ja avoir fait condam-
ner. Ainsi avient que par une méme ca
lumnie & la religion, des juges est circon
venue, & l’innocence des accusés est opri
mée. Auquel mal je croi que par l’inter-
cession des bons ont de lon tems reme-
dié, si contre la force d’avarice les
honétes institutions avoient quel-
que pouvoir. Mais tout ainsi que ce
grand pere de sapience Platon, se dit n’a
voir voulu entrer au gouvernement de la
chose publique, par ce qu’il ne trouvoit
bon de contraindre ceux, lesquels il sça-
voit bien qu’il ne pourroit induire par
amitié: aussi les gens de bien & roides
ne veulent rien entreprendre contre les
choses tant deplorées, ni en si grand &
prochain danger, en remontrer par ce
que comme je croi, on ne pourroit par
aucun moien ou conseil redresser chose
tant abatue & renversée.

Notes:

1.  The famous painter. Lucian’s description of his Calumny became a locus classicus of ancient art criticism, especially after Alberti drew attention to it in On Painting (1435). Various renaissance artists were moved by Alberti’s enthusiasm to try to reconstruct the picture, most notably Botticelli.



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