Single Facsimile View | View Transcribed Page

Single Emblem View

Link to an image of this page  Link to an image of this page  [M6v p188]

Les douze combats d’Hercules par
allegorie.[1]

XXV.

1 Bien dire ,abbat & vainq les forces les plus fortes,
2 Du sophiste il rabbat les vaines & trop sottes
Subtilités. 3 Vertu jamais point ne s’efface
Par rage ny fureur. 4 La richesse fait place
Au sage, qui s’occupe assiduellement,
5 Qui l’avarice fuit, & n’aime aucunement
L’usure & la rapine, 6 & ne se laisse prendre
Aux ruses & filés que femmes sçavent tendre.
7 L’ordure il jecte hors, polit lentendement.
8 Il abhorre & refuit l’infame embrassement:
Mal vivans chasse au loing: 9 cruels & impiteux
Il punit: 10 sa vertu dissipe ses haineux.
11 Il apporte chez soy des regions loingtaines
Les choses qu’il congnoist bonnes & souveraines.
12 Chacun l’estime & prise, & d’une façon telle,
Qu’à jamais il s’acquiert renommee immortelle.

Commentaires.

Hercule, François de nation, fut doué d’une insi-
gne prudence & d’une eloquence admirable. Iceluy,
par la dexterité de son esprit, & par le grandeur de
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [M7r p189] son courage, est venu à bout de plusieurs affaires, qui
à tous autres eussent esté impossibles. Les poëtes &
fabulateurs anciens ont attribué aux forces du corps
ce qui dependoit de la seule prudence. Par l’occision
du Lion Nemeen, qui est le premier combat, est de-
monstree la force de l’eloquence, qui est plus à esti-
mer que les forces du corps. Car ce n’est point par la
force, legereté ou habilité du corps, que les grand’s
choses s’executent: c’est par le conseil, par la raison,
par la prudence, & par l’eloquence: sans lesquelles
parties les forces du corps ne peuvent guieres exploi-
cter. 2 Par le combat de l’hydre de Lerne sont en-
tendus les entortillements des sophistes, qui quoy
que de l’un de leurs sophismes ils en facent naistre
plusieurs, si ne laissent-ils d’estre en fin tous abbat-
tus, par la vivacité d’esprit de l’homme docte. 3 Par
le combat du sanglier d’Erymante, nous sommes ap-
pris que jamais la vertu ne quitte la partie à la rage
& à la fureur, passions propres & peculieres au san-
glier. Le quatrieme combat est de la biche aux pieds
aëriens & legers, & aux cornes d’or: qui ne veut di-
re autre, sinon que les riches & les puissans, sont bien
souvent contraincts de ceder aux sages. Le cinquieme
est, la chasse qu’il donne aux oiseaux Stymphalides,
avec le retentissement d’un instrument d’airain. Qui
remarque la stupidité des avaricieux. Les oiseaux se
promenent & voltigent incessamment par l’air: où
toutesfois ils ne trouvent jamais rien que manger.
Ainsi les avaricieux trottent & se tormentent in-
toutesfois Link to an image of this page  Link to an image of this page  [M7v p190] cessament pour amasser des biens: & neantmoins
se laissent mourir de faim aupres. Le sixieme est du
combat & victoire sur les Amazones: qui ne veut
dire autre, sinon que le sage & prudent ne se laisse
embeguiner par les lascifs attraicts des femmes. Le
septieme est du nettoyement de l’estable d’Augie,
qui nous signifie que l’homme d’honneur chasse au
loing de soy & de ses amis toute ordure & villenie,
& polit & enrichit les esprits de choses belles & ho-
norables. Le huictieme, qui est la luicte avec le tau-
reau & la victoire sur iceluy, nous enseigne, qu’il
faut abhorrer & chasser loing de nous toute chose
illicite & meschante, refrenant la fureur & impetuo-
sité de nos courages. Le neufieme, qui dit qu’Hercule
surmonta Diomede, Roy de Thrace trescruel, lequel
souloit nourrir ses chevaux avec le sang & chair des
hommes: & apres l’avoir surmonté le bailla luy me-
sme pour pasture à ses chevaux: nous signifie, qu’Her-
cule, par son eloquence & sagesse chassa des lieux où
il passa & sejourna, la barbarie & rusticité qui y
estoit. Le dixieme, qui est sa victoire sur Geryon au
triple corps, nous enseigne que la vertu peut repri-
mer & venir à bout des ligues & conspirations des
meschans, quelques bien liees & cimentees qu’elles
soyent. Le onzieme, qui est des pommes dorees des
Hesperides, lesquelles Hercule emporta, ayant premie-
rement tué le dragon tousjours veillant, nous ensei-
gne que les doctes & sages hommes, par la merveil-
leuse abondance de leur sçavoir viennent à bout de
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [M8r p191] toutes leurs pretensions. Le douzieme, & dernier,
qui porte qu’Hercule tira à vive force Cerbere, chien
à trois testes, hors d’enfer, nous monstre que les Prin-
ces & magistrats doyvent de tout leur pouvoir chas-
ser de leurs cours la calomnie & l’envie, s’ils veu-
lent rendre leur renommee honorable.

Notes:

1.  Hercules was accredited with many victories over men and monsters, but eventually a list of twelve major ones was compiled. See e.g. Anthologia Graeca, 16.92. These ‘Labours’ he carried out at the behest of Eurystheus, incited by Hera (see next emblem, note 2). Alciato’s epigram follows this order: i. the Nemean lion; ii. the Hydra; iii. the Erymanthean boar; iv. the golden-antlered Arcadian stag; v. the birds of the Stymphalian Marsh; vi. the belt of Hippolyta, Queen of the Amazons; vii. the Augean stables; viii. the Cretan bull; ix. the mares of Diomedes; x. the cattle of the three-bodied giant Geryones (see Emblem 18 [FALe018]); xi. the golden apples of the Hesperides; and xii. the three-headed watchdog Cerberus. The Labours were given various allegorical interpretations both in antiquity and later, and Hercules himself becomes a wise man and philosopher, overcoming folly and sin. See [FALd093].


Related Emblems

Show related emblems Show related emblems

Hint: You can set whether related emblems are displayed by default on the preferences page


Iconclass Keywords

Relating to the image:

    Relating to the text:

    Hint: You can turn translations and name underlining on or off using the preferences page.

     

    Back to top