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Sur les Elephans.

Reverence deuë aux amis.

Veu que tu es de clairté revétu
Ayant habis en splendeur triumphans,
Ce n’est à toy sagesse ne vertu
D’aller aux champs des hardys elephans:
Telz signes sont à fureur échauffans.
A qui fortune a fait ce benefice
Faire un amy à soy duit & propice,
Qu’il garde bien ou par dit, ou par fait
De l’offencer: Car souvent par tel vice
Des bons amys l’amitié se deffait.

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Narration Philosophique.

SOuvent il avient, que d’autant qu’un
homme plus excelle en grandeur d’e-
sprit, de tant il est plus libre en pro-
pos famillier. Pourtant disoit Ennius,
que plus aisement, le sage tenoit une
flamme ardente en sa bouche, qu’un bon
dicton, c’est a dire, ce qui se jete par risée,
contre un autre. Mémes nous voions
aucuns tant effrenés à cela, qu’ilz ay-
ment mieux de faire une vieille amitié,
que de perdre un bon mot. Laquelle
chose d’autant plus est à fuir, que na-
ture n’a donné rien de meilleur à la
communauté des hommes, que l’amitié
& conjunction, contre laquelle qui of-
fense tant soit peu, il viole la societé
d’entre les hommes, Si que à bon
droit plusieurs ont pensé avoir perdu le
jour ou ilz n’avoient fait un amy. Pour
tant faut que ceux qui desirent étre &
avoir le nom d’amis guardent une tem-
perance en devis familier, & ne bles-
sent ceux desquelz l’amitié presente
apporte fruit & plaisir, & quand elle est de
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [N4v p200]faute deplaisir & facherie. Car il est aisé
de dire à quelcun ce qui [=qu’il] veut: mais apres
il est contraint d’ouir patiemment ce que
pour grand pris il n’eut voulu écouter.
Les Romains entre leurs enfans usoient
d’une vergoigne incroiable, de peur
qu’ilz ne montrassent mal, & mechan-
eté [=mechanceté] a ceux desquels la vie & l’honneur
leur étoit cher: & mémes ilz étoient tant
honteux, que par la coutume du païs
n’entroient jamais aux bains avec leurs
enfans ja grands. Or si l’amitié que la sem
blance des meurs & d’etudes à unie n’est
de rien moindre que la conjonction du
sang, de quelle vergogne, religion & tem
perance nous devrons nous porter envers
noz amys? ou comment pourra conserver
son nom l’amitié, qui par une licence de
parolles ou fais est disjointe? Car l’ami-
tié ne se peut longuement maintenir, qui
engendre trop grande familiarité ou plus-
tot mespris. Mais ceux qui retiennent leurs
amys avec reverence, plustot se preparent
à faire plaisir: & s’ilz font plaisir, ilz esti-
ment le faire avec l’approbation de Dieu
& des hommes.



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