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Sur le fer.

Le piteux état de la vie humaine.

Tu voys le fer en brief tems consumé
Si tu le mets a service & ouvrage:
Mais d’autre part par rouille est difformé
Si tu le tiens vaquant & hors d’usage.
C’est des humains l’exemplaire & image
Lesquelz requoy par langueur fait moysir
Et le travail leur retranche leur aage:
Ou donc mettront leur temps & leur loysir?

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Narration Philosophique.

CEst une ancienne sentence non seule-
ment du sage Roy Salomon, mais aus
si de Silenus & des payens bienheu-
reus étre ceux qui jamais ne sont veus en
ce monde: & ceux la approcher de telle feli
cité, qui lors qu’ilz sont mis par la gran-
de liberalité de Dieu ont éte delivrés des
liens du cors. De telle calamité & mise-
re des hommes nous avons grand argu-
ment, de ce que ceux qui naissent, par
lamentation & cry, semblent plorer les
maux a venir, & quasi donner témoigna-
ge de la facherie qu’ilz auront pour les
menées de ce monde, à ceux qui les ap-
pellent à la lumiere. Et Zoroastes seul
est dit avoir ry a l’heure de sa naissance:
veu qu’on ne sache point que jamais hom-
me aye ry avant le quatorsiéme jour. Et
combien qu’on voie que les dommages
qui adviennent en la vie des hommes,
soient adoucis quelque fois par une pro-
sperité, ou bon évenement: souvent toutefois
au comble de telle felicité aviendra un acci-
dent mauvais, duquel l’aigreur ne se pour-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [P3r p229]roit compenser à leur entier de trois aages
de Nestor. Lesquelles choses venans à l’es-
prit de Cleombrotus & autres grands
personnages, sans avoir égard à la Loy
de Pythagoras ont fuy le benefice de na-
ture. Or si céte immortelle compagnie
d’ames appartenant à l’esprit divin par
la conjonction de la raison, par le com-
mandement de Dieu a éte semée es cors
humains, a fin que de céte basse region
elle reguardat le ciel d’ou elle est venue,
& les choses celestes qu’elle s’enquit tou
jours de quelque cas, aprit, contemplat:
& que par diligence incroyable & scien
ce des choses divines elle anticipat la co-
gnoissance de Dieu, qui luy est promise
apres la mort: ceux me semblent asses ru-
dement traités, qui en céte miserable vie
par douleurs, facheries, maladies de cors
& d’esprit sont distrais & revoqués de
la perquisition de la verité & choses gran-
des: de sorte qu’ilz n’ont rien de com-
mun avec l’esprit, mais tout leur affaire
est avec le cors. Et combien que telle
doive étre la constance des hommes a por
ter les évenements, de ne se laisser vain
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [P3v p230]cre ny par douleur, ny par perturbation:
c’est toutefois chose miserable, qu’un
homme soit de cors tant infirme, &
tant affligé en sa santé, que le meilleur
de son tems luy echape oisif en curations
& medecines: & ne luy reste aucun loi-
sir qu’il puisse emploier à lire & enten-
dre. Car vivre ainsi qu’on ne vive point
est chose piteuse. Or de quelle constance,
& force Saint Pol versoit entre les dan-
gers? & encores ce grand personnage de-
siroit la mort. Laquelle voires de ce
nous est desirable, qu’elle nous ote des
miseres de ce cors, & apporte avec soy
l’immortalité, qui est la meilleure chose
qui puisse avenir a l’homme. Car enco-
res que par le commandement de Dieu
il faut retenir l’ame en la guarde du cors,
on ne doit toutefois appeller fuiard &
deserteur du service de son maitre celuy
auquel la vie est perte, & mourir gain:
& qui incontinent veut aller la ou une
fois la necessité de nature l’appelle. Et
pour ne tant s’areter aux dommages &
adversitez de la vie humaine, qui est ce-
luy, qui entre si differentes opinions de
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [P4r p231]la religion ne se sent quasi saoulé de la vie?
qui est celuy tant éloigné du profit pu-
blique, qui oyant tant de diverses sentences
en choses graves n’estime la vie luy étre
facherie? laquelle diversité non seulement
se trouve entre les hommes vulgairement
savans, mais a quasi gaigné les plus ex-
cellens: auquel nombre qui est plus bra
ve, voluntiers dissentit d’un autre: &
luy mémes à peine est il convenable à soy.
Et certes il ne se peut faire sans scandalle
de plusieurs, quand une chose par l’un est
prise pour salut, par l’autre pour perdi-
tion: & quand les uns l’a [=la] tiennent pour
néchanceté [=méchanceté] , les autres pour vie & seurté.



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