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Sur le pourtrait des femmes & filles de Sparte.

Femme mariée secrete.

Ce beau pourtrait fait en Lacedemone,[1]
Nous rend deux seurs de sorte differente,
L’une nue est, dequoy fort je m’estonne,
L’autre est vetue en façon bien decente,
Qui d’un mari vit tousjours en attente
Regrettant fort de sa beauté la perte
Soit de tous veuë. Or si est ja contente
Et mariée, à jamais soit couverte.

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Narration Philosophique.

LA coustume étoit en Lacedemone,
que les filles qui n’estoient encores
mariées, sortissent en public decou
vertes: & aussi que les femmes ja epou-
sées ne fussent jamais veuës que couver-
tes & bouchées. Ce que peut étre, fut
receu en céte sage cité, a fin que toutes les
deux guardassent diligemment l’état, qu’el
les avoient choisi ou par fortune, ou par
volunté. Car il ne semble étre étrange des
institutions d’une bonne & heureuse repu
blique que les filles soient en veuë de la
cité, & qu’elles soient regardées par ceux
qui faisans conjecture ou de leur geste, ou
elegance de cors peuvent étre conviés à
noces honétes. Et combien que tous ne
soient Zopires, si à mis nature au visage
de l’homme quelque chose, par laquelle on
peut faire jugement des meurs. Et souvent
la fille à des vices, qui ne sont cognus par les
maris mémes le jour des noces, ausquels
ilz n’eussent éte trompés, si elle eut éte veuë
souvent en public. Plus parce que tell’ a-
ge de nature est enclin aux passetems &
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [X3v p326]oisiveté, il ne le faut traiter rudement:
& ne luy faut du tout mettre à vice, si on
luy permet l’accés des compagniés, &
d’adoucir par ces passetems le desir du
futur mari. Car combien que il ne puisse
avenir plus grande peste à l’homme que
par l’homme mémes, il n’i a toutefois rien
plus propre à former les bonnes meurs &
actions vertueuses, que le devis des hom-
mes sages: lequel à mon avis ne doit étre
defendu aux filles, si elles en usent com-
me en sommeil & autres repos: à sçavoir
quand elles auront satisfait aux choses ne
cessaires. Dou vient qu’étans par telle
frequentation mieux instruites, se trou-
vent plus agreables aux maris, & plus
duites au ménage. Mais si elles entrent
en mariage, il n’est raisonnable, qu’elles
s’atribuent autant de licence, comme el-
les en avoient pris en leur jeunesse. Car
que faut il plus d’ores en avant chercher
à celle, qui s’est donneé à la volunté d’un
mari, que de servir aux méurs de celuy,
auquel par l’authorité de Dieu, & appro-
bation des hommes, elle s’est accoupleé
d’un lien eternel? Que peuvent les cho-
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [X4r p327]ses externes apporter tant de plaisir à celle
qui s’est mariée, qui ne se puissent bien com
penser par les passetems & ébas de la mai
son? Pourtant non sans cause on loue celui,
qui non pour autre cause repudia sa femme,
que par ce qu’elle étoit sortie de la maison
la face ouverte. Laquelle chose encores
qu’elle soit fort severe, il faut toutefois ad-
monéter les femmes, qu’elles n’eloignent
leurs yeux de leur maison ou leurs maris:
& qu’elles se persuadent non seulement
leur devoir les nuis mais aussi les jours. Et
disoit certes bravement Cesar le dictateur,
sa femme ne devoir seulement étre bonne
& chaste, mais aussi n’étre soupeçonée de
mal. Car combien que par l’opinion des
anciens, il soit convenable de parler bien
des bons, & que c’est l’office d’un sage
homme n’entrer point en soupeçon lege-
rement, il avient toutefois ne sçay comment
que celle qui desire tant les assemblées des
hommes, tumbe facilement en opinion
mauvaise, voire envers les bons. Car qu’a
tant à faire une femme mariée avec les
prelas & autres gens d’étoffe, que le mari
n’en puisse étre juge idoine & suffisant?
Link to an image of this page  Link to an image of this page  [X4v p328]Mais si cela luy est permis par son mari, je
n’en parle point. Car ilz sont des gens tant
bons de nature, qu’ilz ne veulent rien
avoir, qui ne soit commun aux autres:
Plusque Pythagoriciens comme je croy,
qui non seulement veulent tout devoir
à leurs amis, mais sont pres à donner du
leur, à ceux avec lesquels ilz n’ont amitié
aucune. Aussi c’est chose liberalle, de por
ter aussi bon vouloir aux amis de sa fem-
me comme aux siens.

Notes:

1.  Lacedaemonia (or Laconia) was the technical name of the entire city-state known to us as Sparta; specifically, the region around the city of Sparta.



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